Taro tomba mort sur la plage.

Une profonde tristesse envahit son âme. Il quitte ce village inhospitalier, qui n'est plus le sien, et où il n'a personne. Tout pensif, il se rend à la grève. Instinctivement, ses regards cherchent à apercevoir la tortue: car il voudrait bien maintenant retourner au palais… Mais la tortue a disparu, probablement pour toujours…

Taro s'assied sur le sable, et verse des larmes brûlantes. Tout à coup, ses yeux se portent sur la boîte, la boîte mystérieuse qu'Otohimé lui a donnée au départ, et à laquelle, dans son trouble, il n'avait plus songé.

– Que contient cette boîte?… La déesse m'a dit, en me la remettant: le jour où, par une curiosité coupable, vous ouvrirez cette boîte, vous êtes un homme mort… Une déesse ne ment point… et pourtant, qui sait?… Peut-être est-ce pour m'éprouver qu'elle m'a dit cela!… Peut-être cette boîte contient-elle mon bonheur!… Et puis, après tout, que m'importe la mort, à cette heure?… Ne suis-je pas seul au monde, sans parents, sans amis, sans connaissances, sans fortune?… Oui, mieux vaut cent fois la mort, qu'une existence aussi malheureuse!…

Ainsi pense Taro. Alors, d'un mouvement nerveux, il entr'ouvre la boîte. Il en sort un nuage épais, qui l'enveloppe des pieds à la tête. Soudain, ses cheveux deviennent blancs comme la neige, son front se ride, ses membres se dessèchent et il tombe mort sur la plage.

Le lendemain, des pêcheurs découvrirent sur la grève le corps d'un homme qui avait vécu sept cents ans…

La petite Voleuse

Mademoiselle Aki était une jeune fille de dix-sept ans. Ses parents l'avaient gâtée. Comme toutes les jeunes filles qui sont gâtées par leurs parents, elle était vaniteuse, capricieuse et méchante. Elle avait un très vilain défaut. Aki était voleuse. Elle volait partout, elle volait toujours, elle volait tant qu'elle pouvait. Et, chose assez curieuse, elle ne se faisait jamais prendre. La coquine était d'une habileté rare. Du reste, vous allez en juger.

Un beau matin, elle prend un panier, le remplit de poissons, et quitte la maison, sans rien dire. Ses parents lui donnant malheureusement toute liberté de suivre ses caprices, et ne s'informant jamais de ses allées et venues, la laissent sortir, sans même lui demander où elle va avec ce panier.

Aki longe un moment la rue, tourne à droite, traverse une longue place, enfile une vaste avenue et arrive devant une maison d'apparence bourgeoise. C'est là que demeure le très honorable et très distingué ministre Sanjo.