— Je comprends fort bien ton état, mon petit, et je ne peux vraiment pas te dire que cela m’amuse beaucoup de jouer cette petite comédie, car j’ai horreur de mentir. Et lorsque je me trompe dans mon diagnostic, je préfère, malgré tout, que ce soit une erreur honnête. » Il se força à sourire avant de continuer : « Que veux-tu, je ne vois pas d’autre solution et au fond de moi je sens que nous n’avons pas tort d’agir ainsi. Tu es sûr de n’avoir rien d’autre à me dire ?

— Non. Je ne crois pas. Ou du moins je ne pourrais pas vous exprimer ce que je ressens. C’est un peu comme s’il m’était impossible de me reposer, de me détendre.

— Ce n’est pas étonnant. Tu es mêlé à une histoire particulièrement étrange et je puis te dire que moi, qui ne joue pas un rôle aussi actif, j’en ressens les effets. Il est néanmoins possible que tu aies découvert quelque chose d’important sans pouvoir t’en souvenir à présent. Quelque chose que tu n’aurais pas remarqué sur-le-champ, mais qui aurait malgré tout des rapports étroits avec ton problème. As-tu examiné en détail tout ce qui s’était passé depuis ton retour ici ?

— Non seulement depuis mon retour, mais depuis l’automne dernier.

— Y as-tu simplement pensé ou en as-tu parlé avec notre ami ?

— J’y ai surtout pensé.

— Je crois que ce ne serait pas mauvais que tu en parles, car on arrive beaucoup plus facilement à mettre de l’ordre dans ses idées en les exprimant à haute voix. Nous pourrions ainsi discuter de la situation de chacun de tes amis pour faire le point de ce que nous savons sur eux. Ainsi, nous avons examiné de très près le jeune Teroa, et actuellement nous ne pouvons retenir que deux choses contre lui : de s’être endormi près des rochers et d’avoir été à côté de toi sur l’appontement le jour de ton accident. De plus nous avons déjà mis sur pied un projet nous permettant de l’examiner.

« Tu as fait mention d’un élément assez minime en faveur de Malmstrom lorsqu’il s’est blessé sur les épines. N’as-tu rien d’autre qui puisse jouer contre lui ou en sa faveur ? Par exemple ne s’est-il jamais endormi près des récifs ?

— Nous étions tous sur la plage le jour où le Chasseur est arrivé… Tiens, mais j’y pense, Tout-Petit n’était pas avec nous ce jour-là. Cela n’a d’ailleurs que peu d’importance. Je vous ai déjà parlé de cette pièce de métal que nous avons trouvée dans les récifs. Elle était à plus d’un kilomètre de la plage et le Chasseur affirme que notre fugitif aurait mis très longtemps pour atteindre la terre. Il a donc très bien pu venir par ici plus tard. » Bob s’arrêta un instant, puis reprit : « Cet après-midi-là, Tout-Petit, qui était avec nous à réparer le bateau, nous a laissés tomber pour s’en aller avec Teroa. Il n’y a d’ailleurs rien de drôle à cela, car ils ont toujours été de très bons amis et Tout-Petit avait sans doute envie de parler seul avec Charlie avant son départ. »

Le docteur, qui avait finalement réussi à placer un visage derrière cette avalanche de prénoms et de surnoms, acquiesça de la tête.