— Je le pense. Il s’en irait simplement. Il peut, en mettant les choses au pire, tisser un écran épais devant les yeux de votre père pour l’empêcher de voir, ou même le paralyser complètement.
— Mais vous m’avez dit vous-même que vous n’étiez pas sûr de la durée de l’effet de cette paralysie.
— Avec les créatures de votre espèce je ne peux pas me prononcer », précisa le Chasseur qui ajouta : « Je vous ai déjà expliqué pourquoi.
— Je m’en souviens et c’est même pour cela que je vous demande de faire un essai sur moi. Vous pourrez le faire dès que nous serons dans les bois et que personne ne pourra plus nous voir de la route. »
Le ton de Bob était très différent de celui qu’il avait eu auparavant pour formuler la même demande, mi-sérieux, mi-amusé.
« Je vous ai exposé, il y a longtemps déjà, les raisons pour lesquelles je ne voulais pas le faire, répliqua le Chasseur.
— Si vous ne voulez pas le faire sur moi, je ne veux pas que mon père coure le risque d’y être exposé. J’ai une idée sur ce que l’on pourrait faire pour se débarrasser du fugitif, mais il ne la mettra pas à exécution tant que je ne serai pas fixé sur cette question de paralysie. Allez-y. »
Il s’assit par terre derrière un buisson épais et attendit.
La répugnance qu’éprouvait le Chasseur à faire quoi que ce fût qui pût nuire à l’état physique du jeune garçon était aussi forte qu’auparavant, mais maintenant il se trouvait dans une impasse. La menace de ne pas voir mettre en pratique le plan imaginé par Bob n’avait que peu d’importance, mais le jeune garçon pouvait également refuser de coopérer à la réalisation des projets du Chasseur, ce qui ne manquerait pas d’être beaucoup plus sérieux. « Après tout, se dit le Chasseur, ces gens ne sont pas tellement différents des hôtes qui servaient à mes semblables. » Et il céda.
Bob, assis tout droit sur son séant, éprouva brusquement l’impression de ne plus rien ressentir en dessous du cou. Il essaya vainement de se rattraper à une branche en se sentant glisser en arrière, mais s’aperçut que ses bras et ses membres ne répondaient plus à sa volonté. Cette impression étrange dura à peu près une minute, bien que Bob eût la sensation qu’elle s’éternisait. Puis, sans éprouver le moindre picotement, il reprit l’usage de ses bras et jambes.