« Eh bien, dit Bob en se levant, croyez-vous que je sois très marqué ?

— Apparemment, non. Vous êtes même moins sensible à ce traitement que l’hôte qui me servait auparavant, et vous réagissez plus vite, seulement je ne peux pas vous dire si cette propriété vous est propre ou si toutes les créatures de votre espèce en sont douées. Êtes-vous satisfait ?

— Tout à fait. Si c’est tout ce que mon père risque je ne vois rien à objecter à ce qu’on se serve de lui. Je craignais que le Criminel pût le tuer par un moyen ou un autre.

— Il le pourrait fort bien en bloquant une artère principale ou en s’accrochant à un nerf du cerveau ; mais je dois vous dire que ces deux méthodes demandent un énorme travail et que notre fugitif n’aura certainement pas le temps de s’y livrer. Je ne crois pas qu’il faille se tracasser à ce sujet.

— C’est parfait. »

Bob regagna la route, alla chercher la bicyclette qu’il avait laissée contre un arbre et reprit sa route vers l’école. Il allait à pied, car ses pensées l’occupaient trop pour pouvoir consacrer la moindre attention à la direction de son vélo.

Ainsi, si le Criminel était intelligent, il demeurerait dans le corps de son père qui était pour lui le refuge le plus sûr. Mais alors que ferait-il si cet asile devenait intenable ? La réponse s’imposa d’elle-même. Toute la difficulté résidait donc dans le choix d’une situation assez dangereuse pour le Criminel et pas pour M. Kinnaird. Comment créer une telle situation ? Le problème semblait pour l’instant insoluble.

Bob avait soigneusement évité de poser à son hôte une autre question qui le préoccupait beaucoup. À proprement parler, Bob ne savait pas encore si le Chasseur était vraiment ce qu’il affirmait être. La supposition qui lui était venue à l’esprit quelques jours auparavant était trop plausible pour pouvoir être rejetée sans examen. Qui pouvait affirmer, en effet, que le Chasseur n’avait pas raconté une histoire fausse à son hôte pour obtenir son concours ? Bob décida finalement qu’il lui fallait obtenir une réponse à cette question, une réponse qui le convaincrait davantage que les vagues protestations qu’il avait reçues du Chasseur lorsqu’il lui avait demandé, pour la première fois, d’être paralysé. Le comportement du Détective était assez convaincant en lui-même, mais Bob voulait le voir agir en accord avec ses paroles.

Les notes de Bob ne furent pas sensiblement améliorées par les classes du jour et il perdit presque l’amitié de ses camarades au cours du déjeuner. Les classes de l’après-midi furent aussi mauvaises et seule la crainte d’être obligé de rester après les autres lui fit accorder une vague attention à ce qui se passait devant lui. Il avait atteint un tel degré d’agitation qu’il n’avait plus qu’une idée : être libre le plus tôt possible.

Il ne perdit pas une minute à la fin de la classe et, abandonnant sa bicyclette, il se dirigea à pied vers le sud en coupant par le jardin. En laissant son vélo à l’école, il obéissait à deux mobiles. Tout d’abord, le projet qu’il avait en tête ne nécessitait pas de grands déplacements et, en outre, ses amis estimeraient, en voyant sa bicyclette, qu’il reviendrait sous peu, et n’auraient sans doute pas envie de le suivre.