Tremblant d’anxiété, car la Jeep pouvait apparaître au coin de la route d’un moment à l’autre, Bob gratta une autre allumette et l’approcha cette fois d’un endroit ou le liquide, s’étant un peu infiltré dans le sol, n’avait plus laissé qu’une mince couche. Cette fois-ci une flamme s’éleva avec un « whoush » bruyant. Un instant plus tard, la pyramide flambait.

Bob sauta à l’intérieur du hangar avant que les flammes n’en aient interdit l’entrée et il resta là, à quelques pas de la chaleur déjà forte, en surveillant la route.

Pour la première fois depuis le début de l’opération, le Chasseur lui dit :

« J’espère que vous savez ce que vous faites et si, par hasard, vous ne pouvez plus respirer, j’essaierai d’empêcher la fumée d’entrer dans vos poumons. »

Puis il rendit sa liberté totale au champ visuel de son hôte. Bob en fut d’ailleurs heureux, car les événements risquaient de se dérouler trop vite pour qu’il s’occupât encore des réactions du Chasseur.

Il entendit la Jeep avant de la voir. M. Kinnaird avait, évidemment, aperçu la fumée et arrivait à toute allure. Il n’avait pas d’extincteur capable de venir à bout d’un tel incendie et, à peine la voiture s’était-elle approchée du hangar en feu, que Bob vit que son père avait l’intention d’escalader rapidement la colline pour chercher du renfort. Mais c’était un jeu d’enfant pour Bob de changer sur-le-champ le projet de son père.

« Papa ! »

Il se contenta de ce simple mot, car il ne voulait pas mentir et espérait que son père l’estimerait en danger sans qu’il ait à appeler au secours. Bob était certain qu’en entendant la voix de son fils provenant de cet enfer, Mr Kinnaird arrêterait la voiture et s’avancerait pour voir ce qui se passait. Bob avait sous-estimé la rapidité des réactions de son père et ses facultés d’invention. Il ne fut pas le seul, d’ailleurs, à commettre cette erreur.

Percevant la voix de Bob à travers le crépitement des flammes, M. Kinnaird lâcha l’accélérateur et braqua de toutes ses forces ses roues vers le foyer. Le Chasseur et Bob comprirent immédiatement son intention. Il voulait simplement faire entrer le véhicule dans les flammes juste le temps nécessaire pour que son fils pût sauter à bord et repartir aussitôt en marche arrière. Ce plan très simple était de loin le meilleur et aurait certainement donné des résultats si Bob et son ange gardien n’avaient eu de leur côté d’autres projets. Par un heureux hasard, du moins quant à leur point de vue, un autre facteur entra en jeu. Le fugitif qui habitait M. Kinnaird entrevit la situation ou du moins les intentions de son hôte aussi rapidement que Bob et le Chasseur. Mais la créature ne tenait nullement à s’approcher plus près du brasier qui, selon toute apparence, pouvait exploser d’un moment à l’autre. M. Kinnaird et son habitant invisible n’étaient plus qu’à une vingtaine de mètres des flammes et tous deux pouvaient sentir la chaleur. Le criminel n’avait pas la force d’obliger son maître à tourner le volant pour prendre une autre direction, de même il ne pouvait en aucune manière influer sur la marche du véhicule et encore moins l’arrêter. Mais il ne comprit pas sa faiblesse sur le moment et fit ce qu’il jugea le mieux pour lui.

M. Kinnaird lâcha le volant d’une main et se frotta les yeux. Bob et le Chasseur comprirent aussitôt ce qui venait de se passer, mais M. Kinnaird n’avait pas besoin de voir pour conserver présente à l’esprit l’image de son fils entouré de flammes et la Jeep continua sa route tout droit sans ralentir. Le fugitif avait dû comprendre que d’avoir rendu aveugle son hôte n’était pas suffisant et, à une douzaine de mètres du hangar, M. Kinnaird s’affala au volant.