Le jeune garçon vida le bidon complètement, répandant de l’huile sur le sol tout autour du fugitif puis jetant les dernières gouttes dans la direction du hangar en feu afin de former une longue traînée allant se perdre dans les flammes. Il recula alors d’un pas et attendit que le feu veuille bien suivre la voie qu’on venait de lui tracer.

Mais le mouvement était trop lent et Bob, au bout d’un instant, prit de nouveau des allumettes et mit le feu à la flaque d’huile en poussant les flammes le plus possible vers le centre de la mare où apparaissait un petit renflement noirâtre de gelée tremblotante.

XXI

PROBLÈME N° 3

Le Chasseur aurait voulu rester sur place jusqu’à la fin de l’incendie afin de s’assurer des résultats. Mais Bob, son travail accompli, reporta toute son attention vers son père. Un simple regard sur les flammes crépitantes au milieu desquelles se débattait ce qui était encore le fugitif lui suffit. Il courut vers la Jeep, jeta un coup d’œil sur son père toujours immobile et, après avoir fait un demi-tour savant, il se dirigea vers la maison du docteur. Le Chasseur ne se hasarda pas à faire paraître quelques remarques, car toute fantaisie sur la vue de son hôte, à une telle vitesse, aurait pu être fatale.

Dès l’instant où le criminel avait quitté son corps, M. Kinnaird avait recouvré la vue, et il n’avait pas perdu conscience une seule minute. Cependant, la paralysie semblait se maintenir beaucoup plus longtemps que chez Bob, et il n’avait pas pu se rendre compte de ce qui se passait autour du hangar. Il se rappelait seulement que Bob avait écarté la voiture du feu et était retourné s’occuper de quelque chose, mais il ignorait de quoi. Tout le long du chemin il fit des efforts désespérés pour obliger ses cordes vocales à transmettre la question qui lui brûlait les lèvres.

Avant même la fin du trajet il avait retrouvé assez de force pour s’asseoir et les questions commençaient à s’abattre en masse sur Bob au moment où il freina devant la maison du médecin.

Bob était évidemment heureux de voir son père reprendre une attitude plus normale, mais une nouvelle inquiétude venait brusquement de se présenter à son esprit et il se contenta de répondre :

« Ne t’occupe pas de ce qui m’est arrivé et ne t’inquiète pas pour le hangar. Je yeux d’abord savoir ce que tu as eu. Peux-tu marcher ou veux-tu que j’appelle quelqu’un ? »

La dernière phrase avait été un coup de génie involontaire, car à peine l’eut-il entendue que M. Kinnaird se dressa comme un ressort et descendit très dignement de la voiture. Le jeune garçon suivit son père chez le médecin et l’on aurait pu s’attendre à voir sur son visage un sourire de triomphe. Tout au contraire, on le sentait très inquiet.