Après avoir compris ce qui venait de se passer en écoutant les deux histoires un peu confuses de Bob et de son père, le docteur demanda à M. Kinnaird de bien vouloir s’allonger pour se faire examiner. Celui-ci refusa, déclarant qu’il voulait d’abord savoir ce qu’avait eu Bob.

« Je vais lui parler », dit le docteur, et il sortit avec le jeune garçon en le regardant d’un air interrogateur. Bob répondit à cette question muette : « Oui, c’est fait. À présent vous ne trouverez plus rien d’autre chez lui et vous observerez sans doute un manque de microbes. Je vous expliquerai plus tard comment tout cela s’est passé, mais le principal travail est terminé. »

Bob attendit alors que le docteur eût regagné l’autre pièce et il demanda au Chasseur :

« Quels sont vos projets maintenant que votre tâche est accomplie ? Avez-vous l’intention de retourner dans votre monde ?

— Je vous ai déjà dit que c’était impossible. Mon engin est entièrement démoli et, en admettant même que celui du fugitif ne l’ait pas été, je ne pourrais pas le retrouver. J’ai quelques notions assez vagues sur les navires inter-spaciaux, mais n’oubliez pas que je ne suis qu’un policier et non un ingénieur. Je suis aussi incapable de construire un tel navire que vous de réaliser un de ces avions que nous avons pris ensemble.

— Alors ?

— Je suis sur la Terre jusqu’à la fin de mes jours. À moins qu’un autre navire vienne de mon propre monde jusqu’ici ; mais c’est une chance infinitésimale. Vous comprenez ce que je veux dire en observant la voie lactée. Ce que je vais faire ici et qui sera mon hôte, en admettant que j’en aie toujours besoin, dépend entièrement de vous. Nous n’avons pas l’habitude de nous incruster si l’on ne désire pas notre compagnie. Que décidez-vous ? »

Bob ne répondit pas tout de suite. Il se tourna, aperçut la mince colonne de fumée qui s’élevait au-dessus du village et il se laissa aller à ses pensées. Le Chasseur crut qu’il examinait le pour et le contre de sa proposition et fut un peu déçu de ce qu’il prenait pour une hésitation. Il avait pourtant fini par comprendre que les humains avaient parfois envie d’être seuls, mais pour une fois il se méprit totalement sur les pensées de son hôte.

Bob était intelligent pour son âge, il en avait d’ailleurs fait la preuve, mais ce n’était quand même pas un adulte et, tout naturellement, il avait tendance à considérer le problème immédiat plutôt que de mettre sur pied des plans à longue échéance. Lorsque enfin il prit la parole, le Chasseur ne savait pas s’il devait être soulagé, amusé ou heureux. Il n’essaya d’ailleurs pas de mettre une étiquette sur ce qu’il éprouvait.

« Je serais heureux que vous restiez avec moi, dit Bob lentement, et je vous avoue que j’étais assez ennuyé durant quelques minutes. Je vous aime bien à présent et espère que vous pourrez m’aider de nouveau pour un autre problème : lorsque j’ai pensé à ce piège dont nous venons de sortir, j’avais oublié un point très important qui est précisément celui auquel nous allons devoir faire face très rapidement.