Reconnaissant une fois de plus son échec, le Chasseur ne poursuivit pas plus loin la réalisation de son plan, sachant très bien que dans l’état de panique intense où se trouvait son hôte celui-ci échappait à tout contrôle. Sans chercher à comprendre la raison de son échec, il se lança aussitôt dans un autre essai pour entrer en communication. Cette troisième méthode consistait à couper la lumière arrivant sur la rétine de son hôte pour ne laisser parvenir qu’un mince ruban lumineux prenant successivement la forme des lettres de l’alphabet. Il mit cette méthode en action sans s’apercevoir qu’à cet instant précis Robert Kinnaird descendait quatre à quatre un escalier assez sombre menant à l’infirmerie.

Le résultat prévisible, vu les circonstances, ne frappa l’esprit du Chasseur qu’au moment où Bob manqua une marche et tomba en avant en essayant vainement de s’accrocher à la rampe.

Heureusement, le Chasseur recouvrit très vite le sens de ses responsabilités. Avant que le corps de Bob n’ait pu toucher un seul obstacle, le Chasseur avait renforcé de son corps toutes les articulations et les tendons afin d’éviter un dommage sérieux. Toutefois une des pointes de métal qui tenait le tapis de caoutchouc recouvrant l’escalier entra profondément dans le bras du jeune garçon et y fit une longue estafilade. Le Chasseur fut immédiatement sur place et pas une goutte de sang ne s’échappa. Bob ressentit la douleur et regardant la blessure qui venait d’être refermée par une légère couche de chair invisible, pensa que c’était une simple égratignure.

Bob parla à l’infirmière de ses troubles nerveux, mais elle ne put lui dire grand-chose et lui conseilla de revenir le lendemain matin pour voir le médecin. Elle examina le bras de Bob et lui dit :

« C’est cicatrisé maintenant. Vous auriez du venir plus tôt…

— Mais cela s’est produit il y a cinq minutes. Je suis tombé dans l’escalier en venant vous voir et je n’aurais pas pu vous montrer mon bras plus vite. Tant mieux si c’est déjà refermé. »

Miss Rand leva légèrement les sourcils. Elle était infirmière dans cette école depuis plus de quinze ans et croyait avoir vu toutes les formes possibles de maladies et d’accidents. Ce qui l’étonnait pour l’instant, c’était que le jeune garçon avait l’air tout à fait sincère et que de plus, il n’avait aucun motif de tricher.

« Évidemment, certaines personnes possèdent un sang se coagulant très vite », se dit-elle en regardant de nouveau le bras d’un peu plus près.

Pas de doute, la plaie était tout à fait récente. On voyait encore le mince petit filet de sang fraîchement coagulé, formant une ligne sombre. Elle gratta doucement avec le bout de son doigt et ne sentit pas la surface douce et sèche qu’elle s’attendait à trouver, ni même le sang un peu collant qui vient de sécher. Elle éprouva l’impression désagréable d’avoir touché quelque chose de visqueux.

Le Chasseur ne pouvait, sans aucun doute, lire dans l’esprit des autres et n’avait pas prévu un tel geste. L’aurait-il pu, qu’il aurait été empêché de retirer son propre corps de l’épiderme de Robert. Dans l’état actuel des choses il faudrait certainement un jour ou deux pour que la blessure pût se refermer d’elle-même assez solidement pour supporter les efforts de tension du bras. Coûte que coûte il lui fallait rester en place au risque de trahir sa présence.