Au bout de quelques instants seulement, Bob recouvra l’usage de la parole.
« Mais pourquoi, monsieur ? Il est arrivé quelque chose à la maison ?
— Non. Tout va fort bien là-bas. Nous croyons simplement que dans votre intérêt il est préférable que vous passiez quelques mois chez vous. C’est tout. Vous avez dû vous rendre compte que vos notes n’étaient pas les mêmes ces derniers temps ? »
Cette simple remarque permit au Chasseur de comprendre ce qui se passait. Et il se morigéna de ne pas y avoir pensé plus tôt. Mais Bob ne réalisa pas tout de suite le motif de cette décision.
« Vous voulez dire, monsieur, que je suis renvoyé ? Je ne croyais pas en être déjà là… et il n’y a que quelques jours que…
— Mais non, mon petit, il n’est nullement question de cela. » Le directeur ne comprit pas ce que signifiait la dernière remarque de Bob. « Nous avons simplement remarqué que vous aviez beaucoup changé ces derniers temps et le docteur estime qu’un peu de repos vous sera salutaire. Nous serons toujours très heureux de vous accueillir l’année prochaine et si vous le désirez nous pouvons vous envoyer un résumé des cours qui guidera les professeurs que vous pourrez avoir là-bas. Vous serez à même, ainsi, de travailler à votre guise durant tout l’été et je ne doute pas que l’année prochaine il vous sera possible de suivre vos camarades dans la classe supérieure. Vous êtes d’accord, je suppose, à moins que vous n’ayez pas envie de retourner chez vous », ajouta-t-il en souriant.
Bob esquissa un vague sourire avant de répondre : « Non, monsieur, je suis toujours très content de revoir mes parents, enfin je voulais dire… » Il s’arrêta, un peu embarrassé à la recherche d’une phrase atténuant l’effet de ses dernières paroles.
M. Ray lance se mit à rire un peu trop fort.
« Ne vous en faites pas, Bob, je comprends très bien ce que vous voulez dire. Allez faire vos valises et dire au revoir à vos amis. Je vais essayer de vous avoir une place dans l’avion de demain. Je regrette beaucoup que vous nous quittiez et vous nous manquerez énormément dans l’équipe de hockey. De toute façon, la saison est presque terminée et vous nous reviendrez pour les matches de l’année prochaine. Bonne chance, mon petit ! »
Ils se serrèrent la main et Bob quitta la pièce sans bien savoir ce qu’il faisait. Il ne dit rien au Chasseur. D’ailleurs c’était inutile puisque ce dernier avait assisté à l’entretien. Bob avait depuis longtemps abandonné l’habitude d’accorder une importance quelconque aux faits et gestes des grandes personnes pour la simple raison qu’elles étaient plus âgées que lui. Cependant, il s’efforça de découvrir s’il n’existait pas de motifs cachés derrière la décision du directeur. Finalement, il estima que mieux valait prendre les événements comme ils venaient et il abandonna la suite au Chasseur.