Il serait peut-être hasardeux d’affirmer que celui-ci était satisfait du travail accompli. C’était un bon détective, qui ne s’était jamais attribué les succès dus à l’intelligence, et à la puissance physique de son hôte. Bien sûr Bob n’était pas Jenver, mais il était arrivé à se sentir très attaché au jeune garçon.

Au cours du voyage, Bob parla avec le Chasseur toutes les fois que l’occasion se présentait, mais leurs entretiens portaient uniquement sur les événements du parcours. Ils ne parlèrent affaires qu’au moment où l’avion survolait le Pacifique, car Bob avait admis sans presque y songer que le Chasseur prendrait la direction de toutes les opérations dès qu’ils atteindraient l’endroit de leur rencontre.

« Mais, dites-moi, Chasseur, comment allez-vous vous y prendre pour retrouver le charmant ami que vous cherchez ? Et dans ce cas que ferez-vous ? Avez-vous un moyen de venir à bout de lui sans que l’hôte qui l’a adopté en subisse les conséquences ? »

Cette question eut l’effet d’un coup de fouet. Pour une fois, le Chasseur s’estima heureux que son mode de langage fût moins rapide que celui de Bob. Pendant quelques secondes il se demanda si, par hasard, il n’avait pas oublié quelque part la masse de tissus qui lui servait normalement de cerveau.

Sans aucun doute, celui qu’il poursuivait avait eu le temps de se cacher et devait à présent avoir élu domicile dans le corps d’un être humain comme lui-même l’avait fait. Quoi de plus normal ? En temps ordinaire, un fugitif de cette espèce que ni la vue, ni le son, ni l’odeur, ni le toucher ne pouvaient révéler, était décelé à l’aide des tests physiques, chimiques, et biologiques qui étaient mis en œuvre avec ou sans le consentement de la créature qui servait d’hôte. Le Chasseur était très au courant de tous ces tests et dans certains cas, il pouvait s’en servir si rapidement qu’il parvenait à dire si un représentant de son propre peuple était présent dans un organisme suspect, avant même que l’autre n’ait eu le temps de s’en apercevoir. Bob avait déclaré que cent soixante personnes habitaient l’île. Quelques jours suffiraient pour les passer au crible, mais il ne pouvait pas appliquer les tests indispensables : tout son matériel et son équipement avaient disparu avec l’engin qu’il avait amené sur la Terre. En admettant qu’il pût retrouver l’épave, il ne pouvait quand même pas supposer que ses instruments et les bouteilles contenant les produits chimiques aient pu supporter le choc et cinq mois d’immersion dans l’eau salée !

Il était seul. Jamais un policier n’avait été aussi perdu dans un monde inconnu, loin de ses laboratoires et de l’aide si précieuse que ses semblables lui avaient toujours apportée. Ses compatriotes ignoraient absolument où il se trouvait parmi les cent milliards de soleils qui rayonnaient dans la voie lactée…

Il se souvint alors que Bob lui avait déjà posé cette même question les jours précédents et qu’il avait toujours réussi à ne pas y répondre sous un prétexte quelconque. Mais à présent la situation était claire : ils se lançaient effectivement à la recherche d’une aiguille dans une meule de foin. De plus l’aiguille, mortellement empoisonnée, avait réussi à se glisser dans l’une des minuscules brindilles de la meule.

La question de Bob demeura sans réponse.

VII

LE PLATEAU…