— Faire un tour en mer, je suppose.
— Pourtant ils doivent bien connaître votre bateau depuis le temps.
— C’est pire que cela ! Charlie voulait absolument prouver qu’il pouvait se rendre utile, il avait envie de commencer à apprendre le métier. Hay, de son côté, désirait visiter le musée de la marine à Papeete sans être accompagné d’un tas de gens âgés qui l’obligeaient toujours à regarder ce qui ne l’intéressait pas. J’étais très embêté, mais il a bien fallu les garder à bord.
— Je ne savais pas que Norman se passionnait pour l’histoire naturelle. Ce doit être tout récent et je finirai bien par savoir pourquoi. Il est vrai que je suis parti depuis cinq mois et il a pu se mettre à étudier ce qu’il voulait.
— Tiens, c’est vrai ! Je ne vous attendais pas si tôt. Qu’est-ce qui s’est passé ? On vous a viré de l’école ? »
La dernière phrase était accompagnée d’un sourire bienveillant qui lui enlevait tout côté désagréable.
Bob fit une grimace. Il n’avait pas songé à inventer une histoire, mais il estimait à juste titre que les motifs avancés par le médecin de l’école ne convaincraient personne.
« Le toubib de l’école a dit que cela me ferait du bien de passer quelques mois à la maison, déclara-t-il. Il ne m’a pas dit pourquoi, et autant que je puisse m’en rendre compte, je me porte très bien. Est-ce que Charlie a réussi à décrocher le boulot qu’il voulait ? »
Bob savait parfaitement ce que l’on allait lui répondre, mais il tenait surtout à changer de sujet de conversation.
« Aussi bizarre que cela puisse paraître, dit alors le commandant, il va l’avoir, mais je crois que vous feriez mieux de ne pas lui en parler encore. Il fera sûrement un bon marin. Je me suis dit que puisqu’il était décidé à se lancer dans ce fichu métier, mieux valait ne pas le perdre de vue. J’ai demandé à le prendre à bord et je crois que cela va marcher. N’allez pas vous imaginer que vous pourrez en faire autant en vous cachant simplement dans la cale ! » Et le marin accompagna ces derniers mots d’une bourrade amicale.