Sur le moment, Bob avait complètement oublié le problème capital qui le préoccupait tant. Il était plongé dans ses pensées et se demandait ce qu’avaient pu faire ses camarades de l’île pendant son absence. Bien qu’il y passât en général peu de temps, Bob considérait l’île comme le véritable centre de sa vie et pour le moment il n’était plus qu’un jeune garçon de quinze ans, heureux de retrouver des paysages connus où tant de souvenirs l’attendaient.
Accoudé au plat-bord, Bob fixait le ciel bleu et s’aperçut soudain que le Chasseur cherchait à lui dire quelque chose. La question du Chasseur était en parfaite harmonie avec l’état d’âme de Bob et il n’aurait pas pu choisir un moment plus propice pour la poser. Le Chasseur avait longuement réfléchi et il avait conclu que d’autres données lui étaient indispensables pour essayer de retrouver le fugitif. Son hôte était certainement à même de le renseigner sur certains points.
« Bob, pouvez-vous me donner un peu plus de détails sur l’île où nous allons débarquer ? Sur sa forme par exemple, sa superficie et également sur les gens qui y vivent ? Je crois que notre travail va consister tout d’abord à essayer de reconstruire l’enchaînement des événements qui ont entouré l’arrivée sur cette Terre de celui que nous cherchons. Il faudra commencer par reconstituer tous ses actes avant de vouloir le dénicher. Lorsque je connaîtrai mieux l’endroit où tout s’est déroulé, il sera plus facile de découvrir où il a pu s’échapper.
— D’accord, répondit Bob qui ne demandait qu’à aider le Chasseur. Je vais dessiner rapidement une carte, cela vaudra mieux que de longues explications. J’ai du papier dans mes affaires. »
Il quitta la rambarde et pour la première fois depuis qu’il prenait ce bateau il ne sentit pas les vibrations qui secouaient le navire au moment où les Diesels se mettaient en route.
Ce qui lui servait de cabine était une toute petite pièce située à l’arrière du navire, et ne comportant qu’une couchette devant laquelle on avait posé ses bagages. Manifestement, le navire n’avait pas été prévu pour transporter des passagers.
Sous le crayon du jeune garçon, l’île prenait la forme d’un L majuscule. Le port se trouvait à l’intérieur de l’angle ouvert vers le nord. La barrière de récifs qui entourait l’île était presque circulaire, et le lagon s’étendait sur une vaste surface, en particulier au nord. À en croire le dessin, deux passages devaient permettre de franchir les récifs. Bob expliqua que la face ouest était la plus fréquentée et que récemment on l’avait agrandie en faisant sauter les coraux à la dynamite, afin que le pétrolier pût y entrer à n’importe quelle heure.
« On est obligé d’entretenir constamment le chenal en faisant sauter les récifs, qui d’ailleurs laissent passer les petits bateaux. Le lagon est peu profond, à peine quatre mètres dans l’ensemble, et l’eau y est toujours tiède. C’est même pourquoi l’on a construit les réservoirs dans ce coin-là. »
Il montrait en même temps un certain nombre de petits carrés qu’il avait dessinés tout près du lagon.
Le Chasseur eut envie de demander à quoi servaient ces réservoirs, mais il préféra attendre que Bob eût fini son exposé.