L’accueil de Bob se manifesta avec une exubérance naturelle à son âge. Son père aussi était heureux, mais on sentait chez lui une certaine gravité que le jeune garçon ne remarqua pas, mais qui n’échappa pas au Chasseur. Celui-ci comprit que la tâche la plus urgente était de convaincre M. Kinnaird que son fils n’était pas malade, afin que sa liberté d’action ne se trouvât pas réduite par les soins dont on voudrait sans doute l’entourer. Le Chasseur décida de garder cette idée présente à l’esprit.

Bob submergeait son père sous un flot de questions en demandant des nouvelles de la population entière de l’île. La première réaction du Chasseur fut de critiquer la conduite de son hôte, car ce n’était pas encore le moment de commencer, l’enquête ; mais il se rendit compte très vite que le jeune garçon n’y pensait pas. Il essayait simplement de savoir ce qui s’était passé au cours de ses cinq mois d’absence. Le détective cessa donc de s’inquiéter d’une démarche qu’il jugeait prématurée et écouta avec attention les réponses de M. Kinnaird, dans l’espoir d’y découvrir quelques renseignements précieux. Le Chasseur habitait depuis assez longtemps dans le corps d’un être humain pour éprouver une légère déception lorsque le père de Bob répondit en riant :

« Comme tu y vas, mon garçon ! Je ne sais pas ce que tout le monde a fait ici depuis ton départ. Si cela t’intéresse tant, tu n’auras qu’à demander autour de toi. Il faut que j’attende la fin du chargement et tu ferais mieux de prendre la Jeep pour porter tes bagages à la maison. J’ai l’impression que ta mère ne s’évanouira pas d’inquiétude en te voyant. Tu as l’air en forme. Tu as le temps de monter là-haut, car tes camarades ne sortiront pas tout de suite de l’école. Attends une minute. »

M. Kinnaird fouilla dans la boîte à outils pour en retirer une ou deux clefs dont il pouvait avoir besoin.

« Ah ! c’est vrai, je n’y pensais plus ! Il va falloir aller, moi aussi, à l’école. J’avais complètement oublié que, cette fois-ci, je ne revenais pas en vacances. »

Bob eut tout à coup un air si sérieux, que son père ne put s’empêcher de rire, sans comprendre évidemment la cause de l’état d’âme de son fils, qui d’ailleurs très vite reprit ses esprits et lança d’un air joyeux :

« D’accord, papa, j’emmène tout ça à la maison et je te reverrai pour le déjeuner.

— Je veux bien, à condition que tu ramènes la Jeep ici dès que tu n’en auras plus besoin. Autre chose, inutile de recommencer tes remarques au sujet de mon besoin d’exercice ! »

Bob, qui à présent avait retrouvé toute sa bonne humeur, répondit en s’éloignant :

« Je ne te parlerai pas de ton petit ventre jusqu’au moment où nous irons nous baigner. »