« C’est comme cela que l’on perd son temps », fit remarquer le Chasseur lorsque Bob leva les yeux sur la plage. Cette fois-ci, il avait deviné les pensées du jeune garçon et Bob acquiesça à haute voix sans même se rendre compte qu’ils n’étaient pas seuls.
Bob rentra tard chez lui ce soir-là. Les garçons avaient porté la planche jusqu’à l’embouchure de la crique où leur bateau était caché. Bob rapporta, en outre, chez lui un magnifique coup de soleil. Le Chasseur lui-même ne s’était pas aperçu à temps du danger, ou n’en avait pas compris les symptômes, car il n’avait pas prévenu le jeune garçon pour que celui-ci remît ses vêtements.
À l’encontre de Bob, le Chasseur estimait que ce violent coup de soleil était heureux. Peut-être le jeune garçon se départirait-il de la fâcheuse tendance de laisser le Chasseur prendre soin de son corps. Cette nuit-là, il ne se manifesta sous aucune forme et laissa donc le jeune garçon à ses souffrances. En effet, Bob ne dormit pas de la nuit, s’efforçant d’éviter à son corps douloureux le contact des draps. Bob s’en voulait terriblement, car il n’avait jamais montré tant d’insouciance depuis des années et la seule excuse qu’il pouvait avancer à la rigueur était que d’habitude il ne se trouvait jamais chez lui à cette époque-là. Malgré tout, cette raison ne lui paraissait pas suffisante et il était furieux.
Le Peau Rouge qui descendit pour le petit déjeuner le lendemain matin n’avait vraiment pas l’air aimable. Il était mécontent de lui et ne comprenait pas l’attitude du Chasseur. Son père l’enveloppa d’un regard rapide et eut envie de rire, mais ne sachant pas quelles seraient les réactions de son fils, préféra s’en abstenir et demanda d’un air particulièrement engageant :
« Bob, j’allais te proposer d’aller à l’école aujourd’hui pour régler les détails de ton inscription, mais j’ai l’impression que tu as besoin de te refroidir un peu. Mais, ce n’est pas urgent et l’on peut attendre lundi. »
Bob acquiesça, mais à vrai dire la continuation de ses études lui était totalement sortie de l’esprit.
« Cela vaudra sans doute mieux, répondit-il. Nous sommes déjà jeudi et de toute façon, je n’aurais pas fait grand-chose cette semaine. Et puis je ne suis pas mécontent de pouvoir jeter un petit coup d’œil sur les environs. »
Son père lui jeta un regard en biais et conseilla d’un ton léger :
« Si j’étais dans ta peau, j’y regarderais à deux fois avant de sortir.
— Il ne sortira pas, insista alors Mme Kinnaird. Mon fils n’ira pas dehors dans cet état-là. »