Le père se contenta de dire à Bob :

« En tout cas, n’oublie pas de te couvrir si tu pars en exploration. Essaie de limiter tes promenades à la forêt, là au moins, il y a de l’ombre.

— Reste à savoir si l’on préfère qu’il soit égratigné ou grillé, reprit Mme Kinnaird. Lorsqu’il est cuit, ses vêtements n’en souffrent pas, mais après une balade dans le bois sa chemise revient en lanières.

— T’en fais pas, m’man, je tâcherai de passer entre les épines », répliqua Bob en souriant.

Sitôt le petit déjeuner achevé, Bob monta dans sa chambre et enfila une vaste chemise kaki à manches longues appartenant à son père. Il aida sa mère à faire la vaisselle, puis engagea la lutte contre les plantes de la jungle qui menaçaient toujours d’envahir la maison. Au bout d’un moment il abandonna le sécateur et la poudre d’hormones qu’il répandait sur les racines, et poussa une pointe vers le sud du jardin.

Le sentier grimpait à flanc de colline en s’écartant de plus en plus de la route. À regarder Bob on aurait juré qu’il se dirigeait vers un endroit précis. Le Chasseur ne lui posa aucune question, car la demi-obscurité qui régnait ne convenait guère à leur mode de conversation. Ils franchirent un ruisseau sur un tronc d’arbre jeté en travers. Le détective devina que ce ruisseau était certainement celui que la route traversait sur un petit pont, un peu plus bas.

Mme Kinnaird n’avait pas exagéré en parlant de la jungle. Peu d’arbres étaient véritablement très élevés ; mais en revanche le sol était couvert de buissons épais, pour la plupart épineux. Bob se frayait un chemin avec une rapidité et une habileté qui dénotaient une longue pratique. Bon nombre de plantes auraient certainement surpris plus d’un botaniste. L’île comportait d’ailleurs des laboratoires de botanique et de bactériologie, où l’on s’efforçait de découvrir constamment de nouveaux procédés pour la fabrication de l’huile et surtout de nouvelles plantes pour alimenter les réservoirs. Au fond, ce que l’on désirait, c’était avoir une plante poussant extrêmement vite sans trop épuiser le sol. Certains essais ont dépassé les prévisions les plus optimistes.

Bob avait l’intention de se rendre à un endroit qui se trouvait à peine à huit cents mètres de la maison. Il fallait plus d’une demi-heure pour y arriver. D’une clairière située au sommet de la colline, ils jetèrent un coup d’œil sur la partie habitée de l’île, qui s’étalait à leurs pieds. Sur ce tertre un peu dégagé se trouvait un arbre plus grand que les autres, quoique moins gros que les palmiers bordant le rivage. Les branches basses avaient disparu, mais le tronc portait des aspérités qui en faisaient une sorte d’échelle, le long de laquelle Bob grimpa sans difficulté.

Une vague plate-forme apparaissait dans le creux des branches les plus hautes. Tout indiquait que le garçon avait l’habitude de venir souvent sur cet arbre, qui offrait d’ailleurs un magnifique observatoire d’où l’on surplombait toute la jungle environnante, et d’où l’on découvrait l’île dans son ensemble. Bob laissa son regard errer lentement de droite à gauche afin de donner la possibilité au Chasseur de voir les détails qu’il avait pu oublier de signaler sur la carte.

À une question au sujet des réservoirs existant à l’intérieur des terres dans la partie nord-est de l’île, Bob répondit que ces réservoirs contenaient des bactéries qui agissaient très rapidement à haute température, que par conséquent on les laissait en plein soleil, quitte à ce que leur activité cessât à la tombée du jour :