Bob leva les yeux au ciel, mais le Chasseur n’exprima aucune opinion particulière et il dut se décider lui-même. Il refusa et regarda s’éloigner, parmi les hangars, la silhouette du futur marin, puis revint lentement sur la route.

« C’était la seule chance d’avoir un bateau, dit-il au Chasseur. Nous allons maintenant être obligés d’attendre que les copains sortent de l’école, et peut-être réussirons-nous à en emprunter un. De plus, en mettant les choses au pire, on ira plus vite s’il faut réparer le nôtre. Je n’ai d’ailleurs pas eu le temps de l’examiner de très près en portant la planche hier soir »

Le Chasseur, préoccupé, résuma la situation :

« Ce garçon à qui vous venez de parler va prendre un bateau. Il a déjà quitté l’île une fois depuis mon arrivée.

— Forcément. Vous avez entendu qu’il avait l’intention de se rendre chez Ray au réservoir n° 4 pour récupérer ses affaires. Le garçon dont il parle travaille sur l’une des plates qui servent à évacuer les résidus des réservoirs. Charlie veut rassembler tout ce qui lui appartient avant de quitter l’île. »

L’attention du Chasseur fut immédiatement alertée et il demanda : « Comment ? Quitter l’île ? Le type de la plate veut s’en aller ?

— Non ; Charlie, vous n’avez pas entendu ce qu’il disait ?

— Je l’ai entendu parler d’un nouveau job, c’est tout. Est-ce pour cela qu’il doit partir ?

— Bien sûr, Charlie est le fils du commandant de ce navire sur lequel il s’était caché dans l’espoir de trouver un emploi à bord. Vous ne vous souvenez donc de rien ? Son père nous a mis au courant le premier soir de notre installation à bord.

— Vous avez en effet parlé à un marin, répondit le Chasseur, mais je ne savais pas et ne sais pas encore ce que vous vous êtes dit alors, car vous parliez le pidgin des îles.