— C’est vrai, j’avais oublié », répondit Bob qui resta quelques instants à mettre de l’ordre dans ses pensées puis raconta l’histoire aussi brièvement et aussi clairement que possible. Le Chasseur réfléchit à son tour et dit : « Ce Charles Teroa a donc quitté l’île une fois depuis mon arrivée et il va s’en aller sous peu. Votre ami Norman Hay l’a quittée également. Je vous en prie, n’oubliez pas de me dire si, d’après vous, d’autres personnes sont parties entre temps.
— Il n’y en a pas d’autre. À moins que vous ne vouliez compter le père de Charlie, le commandant du bateau, mais il ne descend que très rarement à terre. Je ne vois d’ailleurs pas en quoi le voyage des deux garçons peut avoir de l’importance. Vous savez comme moi qu’ils n’ont pas mis les pieds à terre, et en admettant que votre criminel se soit trouvé avec eux il n’aurait pu se sauver qu’en pleine mer.
— Vous avez peut-être raison, mais en tout cas le garçon que vous venez de voir va s’en aller. Il faut l’examiner avant son départ ; essayons donc de trouver un moyen pour y parvenir. »
Pour la première fois depuis le début de la journée Bob oublia complètement ses coups de soleil en remontant chez lui.
X
EXAMEN MEDICAL
Au cours du déjeuner Bob s’efforça de dissimuler ses soucis. Le matin même sa mère avait cru trouver un moyen d’éclaircir une fois pour toutes le problème qui, d’après elle, devait le préoccuper. Depuis l’arrivée de son fils elle se demandait comment elle pourrait parvenir à le décider à aller voir le docteur de l’île. Elle venait de comprendre quel prétexte merveilleux allait être le coup de soleil. Elle n’eut pas l’occasion d’en parler à son mari, car Bob était rentré le premier à la maison mais elle était sûre que M. Kinnaird serait de son avis. Le repas touchait à sa fin lorsqu’elle mit le sujet sur le tapis.
Elle s’attendait à une discussion serrée et avait déjà préparé bon nombre d’arguments plus convaincants les uns que les autres. En effet Bob avait un peu honte d’avoir attrapé des coups de soleil si violents et souhaitait évidemment que cette petite aventure ne s’ébruitât pas. Mme Kinnaird fut donc profondément étonnée lorsque son fils accepta sans le moindre murmure de se rendre chez le médecin l’après-midi même comme elle venait de le lui proposer.
Bob avait souvent réfléchi aux questions que le Chasseur avaient laissées sans réponse. En particulier celles qui avaient trait aux détails qui lui permettraient de reconnaître le fugitif. En outre, le Chasseur n’avait jamais dit à Bob ce qu’il ferait une fois sa proie découverte. Si le Chasseur pouvait se débrouiller tout seul, parfait, mais Bob avait de plus en plus l’impression que son invité invisible ne savait que faire. En conséquence Bob estimait très urgent d’apporter lui-même une solution. Et en premier lieu, il devait, pour y parvenir, connaître tout ce qui concernait la race du Chasseur. Ce dernier avait dit un jour qu’il ressemblait à un virus. Il fallait donc découvrir une documentation sur eux, et où la trouver sinon dans le cabinet d’un médecin ? Évidemment, il lui aurait été difficile d’aborder cette question en premier après avoir été renvoyé chez ses parents par les médecins du collège et pourtant, il ne songea même pas à s’étonner en entendant sa mère lui faire cette proposition. Il se contenta d’accepter en y voyant un heureux coup du sort.
Le docteur Seever connaissait très bien Bob, comme d’ailleurs toutes les personnes nées dans l’île. Il avait lu le rapport envoyé à la famille par les médecins du collège et ses réactions avaient été les mêmes que celles de M. Kinnaird. Inutile de s’affoler. Néanmoins, il était heureux de voir le garçon. Bien qu’habitué aux diverses maladies et accidents, il ne put retenir un cri de surprise devant la teinte de la peau de Bob.