— Ce n’était peut-être pas uniquement de la chance, fit remarquer Bob, car il savait très bien qu’il n’y avait pas de détonateur, donc aucun danger.

— Possible, en tout cas je n’aurais pas pu le supporter longtemps dans mes parages », lança Rice d’un air mauvais.

Bob regarda le garçon roux qui n’était pas très grand pour son âge et lui dit :

« Si tu continues à l’embêter, il te balancera à la flotte un de ces jours. De plus est-ce que cette histoire de passager clandestin ne venait pas de toi ? »

À juste titre, Rice aurait pu demander ce que la tentative de fuite sur le navire avait à faire avec la question, mais il baissa la tête et ne dit rien. Quelques instants plus tard le fond du bateau raclait le sable de la plage.

XI

LA GLISSADE

En rentrant chez lui, Bob s’aperçut qu’il avait oublié de demander le livre du docteur à Hay, mais à la réflexion ce n’était pas d’une urgence extrême et il aurait le temps de le réclamer le lendemain. Selon toute vraisemblance ce volume ne lui serait pas d’un grand secours. Pour changer un peu, il passa la soirée avec ses parents à lire et à discuter. Le Chasseur ne se manifesta pas et se contenta sans doute d’écouter et de réfléchir. Du point de vue du Détective la matinée suivante s’ouvrit sous de meilleurs auspices. Bob travailla dans le jardin au début de la matinée pendant que ses amis étaient encore à l’école et ne réussit à trouver aucun moyen, pas plus que le Chasseur, d’approcher d’assez près Teroa afin de pouvoir l’analyser. Bob avait proposé au Chasseur de le laisser un soir tout près de la maison de Teroa et de revenir le prendre le lendemain matin de très bonne heure. Le Chasseur avait refusé, déclarant que pour rien au monde il ne permettrait à Bob de le voir entrer ou sortir de lui. Il savait trop bien ce que donnerait l’émotion ressentie. Bob ne comprenait pas très bien, mais s’estima néanmoins convaincu lorsque le Chasseur lui fit remarquer qu’il n’y avait aucun moyen de s’assurer que la masse de gelée qui devrait réintégrer son corps, serait effectivement le Détective. Le jeune garçon d’autre part n’avait aucune envie de courir le risque de faire entrer le criminel fugitif dans son corps.

Au début de l’après-midi Bob rencontra ses camarades comme prévu et ils se dirigèrent immédiatement vers le bateau. La question réparation ne se posant plus ils mirent aussitôt le cap au nord-ouest, suivant la côte à quelque distance. Hay et Colby étaient aux environs. La nouvelle planche avait gonflé et il était à peu près inutile d’écoper. Plus d’un kilomètre les séparait de leur but et ils avaient déjà parcouru une bonne partie du trajet avant que le Chasseur ne comprît exactement quelle était la structure géographique dont il n’avait jusqu’à présent que des données assez vagues, surprises au hasard des conversations. La petite île sur laquelle Hay avait installé son aquarium se trouvait assez près de la côte. Elle occupait la première partie du récif qui s’éloignait en s’inclinant vers le nord en partant de la petite plage ou les garçons avaient l’habitude de se baigner. Une étendue d’eau large à peine de vingt-cinq mètres séparait cette langue de sable de la côte elle-même. Un étroit chenal protégé des brisants par d’autres dépôts coralliens permettait de gagner la mer libre.

La petite île était faite de coraux sur lesquels un peu de terre était venue s’accumuler au cours des ans. Il y en avait assez pour que quelques buissons puissent y pousser. Le lagon presque circulaire avait six à huit mètres dans sa plus grande largeur. Aucune communication ne devait exister avec la mer qui venait se briser à quelques pas de là. Norman expliqua qu’il avait bouché deux ou trois passages sous-marins avec du ciment et que les vagues se chargeaient de remplir le lagon à la marée haute. Comme il l’avait dit la veille, son aquarium ne le satisfaisait pas. Un poisson-lune flottait le ventre en l’air et aucune trace de vie n’apparaissait sur les coraux qui formaient la base du récif.