— Oh si ! J’y allais tous les deux jours à la nage avec Hugh ou Tout-Petit, et j’ai pu me rendre compte que mes poissons n’allaient pas très bien. Vous croyez qu’on a le temps d’y aller et de revenir avant le dîner ? On a passé pas mal de temps sur le bateau et le soleil commence à descendre. »
Tous les garçons levèrent les yeux pour voir si c’était vrai. Leurs parents avaient depuis longtemps abandonné l’idée de les empêcher d’aller explorer les lagons derrière le récif, pourtant par une sorte d’accord tacite les heures de repas étaient respectées. Sans plus de commentaires Rice amorça un virage et mit le cap sur le fond de la crique. Les rameurs se penchèrent un peu plus sur leurs avirons.
Bob ramait sans fixer son esprit sur un point particulier. Tous les spectacles qui s’offraient à lui semblaient intéressants, mais aucun n’avait de rapport précis avec le problème qui l’agitait. Le Chasseur estimait que Teroa devait être examiné, mais il n’avait pas de soupçons bien nets. Cette décision était uniquement due au départ prochain du garçon. Il se souvint alors de la conversation qu’il avait eue avec Charlie le matin même et se demandait si le jeune Polynésien avait pu trouver Rice à l’heure du dîner.
« Quelqu’un a-t-il vu Charlie Teroa aujourd’hui ? demanda Bob.
— Non, répondit Malmstrom, il vient deux jours par semaine à l’école pour ses cours de navigation et c’est tout. Tu crois que cela lui servira à quelque chose un jour ?
— Sûrement pas avec quelqu’un qui le connaît bien, déclara Rice d’un air méprisant. Personnellement j’aimerais mieux engager un type qui puisse au moins rester éveillé durant le jour.
— Pourtant il a l’air de faire pas mal de travail dans son jardin, remarqua Bob avec un sourire.
— Tu penses ! avec sa mère qui le surveille et sa sœur qui l’aide. Tu ne sais pas que lorsqu’on a voulu approfondir la passe est l’automne dernier il s’est endormi sur une charge de dynamite ?
— Tu es complètement fou !
— Pas du tout. On l’avait envoyé porter une caisse dans un bateau au cas où on aurait eu besoin de plus d’explosifs et vingt minutes plus tard mon père a trouvé l’embarcation amarrée au rocher et Teroa profondément endormi la tête sur la caisse de dynamite. Il a eu de la chance qu’il n’y ai pas eu de détonateur dessus et que les vagues n’aient pas été assez fortes pour faire cogner l’embarcation sur les rochers.