« — Les gens ne doivent pas tomber là-dedans, lui rétorqua son père, et si par hasard un accident arrivait, la seule ressource serait de se laisser glisser jusqu’au fond pour pouvoir nager au-dessous. Ce grillage a été placé là à seule fin de retenir au passage les outils qui pourraient tomber dans le puits. Cela arrive souvent, car les plaques de tôle sont particulièrement glissantes par ici. C’est d’ailleurs pour cela que les abords de ces puits sont interdits. »
Il s’éloigna, fit quelques pas et bien involontairement donna la démonstration rapide de la véracité de ses paroles. Il glissa. Du moins Malmstrom affirma toujours que M. Kinnaird avait glissé le premier, mais personne n’en était sûr. Tout le groupe se comporta alors comme une rangée de quilles et le seul à conserver son équilibre fut Teroa qui dut s’éloigner très rapidement pour ne pas être emporté à son tour. Malmstrom fut projeté contre Hay qui perdit pied et entraîna dans sa chute Bob et Colby. Leurs chaussures ne trouvèrent aucun point d’appui solide sur la surface de métal huileux et Bob poussa un hurlement lorsqu’il comprit qu’il allait mettre à l’épreuve la force de résistance du grillage.
Ses réactions rapides lui avaient fait occuper une place de premier plan dans l’équipe de hockey du collège et ce fut encore cette qualité qui le sauva.
Il se laissa tomber les pieds les premiers et dès que ses chaussures touchèrent le grillage il étendit les bras en avant autant qu’il le put afin de prendre un point d’appui sur son dos aux parois du puits. Il reçut un coup violent dans les côtes, mais parvint néanmoins à ne pas appuyer de tout son poids sur le grillage qui ainsi soutint le choc.
À quatre pattes, son père essayait de lui tendre la main, mais Bob glissa de nouveau et ne put saisir le bras secourable. Malmstrom et Colby, qui étaient également tombés sur le sol, ne se relevèrent pas et en profitèrent pour saisir Bob par le poignet sans s’occuper du danger que présentait leur position et permirent ainsi à Bob de remonter lentement en s’aidant du dos et des pieds.
Une fois debout, Bob essuya d’un revers de main la sueur qui perlait à son front et son père lui adressa un sourire un peu forcé en le regardant fixement, après avoir esquissé un geste pour retirer quelque chose qu’il devait avoir dans l’œil : « Tu comprends ce que je veux dire », dit-il à son fils. Puis reprenant ses esprits, il ajouta :
« J’ai l’impression que l’un de nous sera en retard pour dîner. Ou je me trompe fort ou l’embarcation que j’ai vue attachée là-bas vous appartient et vous allez certainement la reconduire dans la crique où vous la cachez. »
Les garçons répondirent en effet que telle était leur intention et M. Kinnaird ajouta :
« Alors allez-y vite et disparaissez d’ici avant de vous être tous rompu le cou. Bob, je vais rentrer tout de suite et prévenir ta mère. J’ai l’impression qu’il vaut mieux ne pas lui parler de ta petite descente. »
Les garçons, tout joyeux de voir que leur camarade s’en était tiré à si bon compte, s’éloignèrent en riant.