« Dans le bateau, vous avez vaguement parlé de me paralyser les muscles de la langue. Pouvez-vous vraiment le faire ou cherchiez-vous simplement à me bourrer le crâne ? »
Le Chasseur ne connaissait pas cette expression, mais parvint néanmoins à comprendre le sens de la phrase.
« Je peux très bien paralyser n’importe quel muscle de votre corps en agissant sur les nerfs moteurs. En revanche, j’ignore totalement combien de temps cela peut durer, car je n’ai jamais eu l’occasion d’en faire l’expérience sur vous, ni sur aucun autre être humain.
— Eh bien, essayez ! C’est le moment », déclara Bob en s’arrêtant, à demi appuyé sur le guidon de sa bicyclette.
« Allez donc vous mettre à table, il est temps. Et cessez de poser des questions idiotes ! »
Bob reprit sa marche, souriant franchement à présent.
XIII
INTERMEDE MECANIQUE
Le Chasseur estima que le samedi était une journée gâchée, à son point de vue du moins, car par la suite il devait changer d’avis. Les garçons se retrouvèrent à l’endroit prévu. Norman portait un long morceau de grillage, mais personne n’avait songé à apporter un outil capable de venir à bout des bouchons de ciment que Hay avait mis à toutes les ouvertures de son aquarium.
À l’autre bout de l’île, un nouveau réservoir était en construction et ils décidèrent de pousser une pointe jusque-là afin de voir si par hasard ils ne trouveraient pas l’outil désiré. Ils s’engagèrent donc tous ensemble sur la route qui faisait le tour de la plus grande des anses en passant devant l’école et la maison de Teroa. Mais là, au lieu de tourner vers l’appontement, ils continuèrent tout droit et, laissant derrière eux les hangars, poursuivirent leur randonnée jusqu’à l’extrémité de la route pavée. Ils arrivèrent ainsi au sommet de la plus haute des collines sans toutefois passer de l’autre côté. Devant eux et légèrement en contrebas apparaissait une rangée de petits réservoirs, construits longtemps auparavant et abandonnés depuis. Un peu plus loin, on apercevait une construction neuve, au moins aussi grande que celles qui jalonnaient le bord du lagon. Elle avait été achevée à peine un mois ou deux plus tôt et les garçons savaient que l’on était en train d’en édifier une autre tout à côté. C’était le but de leur expédition.