« Enfin, on ne racontera plus partout que je suis le type qui passe à travers les bateaux, déclara Hugh entre deux éclats de rire. Je ne suis plus seul à présent. Seulement moi, je me suis arrangé pour accomplir ce petit exercice près de la côte, pour que les copains ne se fatiguent pas à ramener le bateau ! »
Poussant l’embarcation, ils se dirigèrent vers le rivage qui n’était distant que d’une dizaine de mètres. Personne ne songea même à demander ce qu’ils allaient faire. Tous étaient d’excellents nageurs et tous savaient d’après les expériences passées que, même pleine d’eau, l’embarcation pouvait parfaitement les supporter s’ils nageaient à côté en s’y accrochant. Ils s’assurèrent simplement que leurs affaires étaient toujours là et constatèrent que les poissons de Hay avaient profité du naufrage pour regagner leur élément. Lorsqu’ils se furent un peu écartés du récif et que l’eau fut assez profonde pour nager, ils enlevèrent leurs chaussures et les mirent sur la partie du bateau qui dépassait encore de l’eau, puis chacun posa une main sur le plat-bord et poussa le bateau vers la côte. Le court trajet se passa sans histoire et ils étaient à mi-route lorsque l’un d’eux éprouva le besoin de faire remarquer très astucieusement qu’ils venaient à peine de manger !
Parvenus sur la terre ferme, un nouveau problème se posa : allaient-ils laisser le bateau là et apporter plus tard le bois et les outils nécessaires pour le réparer ou au contraire valait-il mieux faire réintégrer à l’embarcation son port d’attache en la poussant tout le long de la côte ? À vol d’oiseau la distance qui les séparait de leurs demeures respectives n’était pas énorme, mais il fallait traverser la jungle et porter un tel fardeau dans ces conditions ne serait pas une petite affaire. Cette éventualité ne souleva guère d’enthousiasme. On pouvait aussi faire le tour par la plage, mais la distance était infiniment plus grande. Le lendemain étant un lundi, il n’était pas question de manquer la classe et, comme il ne fallait pas songer à porter le bateau en une seule fois, ils décidèrent que mieux valait ramener l’épave à la crique en la tirant dans l’eau.
La journée n’était guère avancée et, avant de se mettre en route, ils voulurent se rendre compte de l’étendue des dégâts et tirèrent l’embarcation au sec. Pas de doute, il faudrait remplacer la planche entière. Ils furent obligés d’admettre que les réparations risquaient fort de se transformer en une construction nouvelle. De plus, un sérieux travail de calfatage serait nécessaire avant que la barque puisse être remise à flot.
Bob proposa alors :
« Pourquoi ne pas laisser la barque dans ce coin-là pour l’instant pendant que nous irions au nouveau réservoir que l’on construit ? Il y a des tas de bois là-bas et nous pourrions chercher ce qu’il nous faut et l’apporter à la crique. On aurait alors le temps d’y amener le bateau aujourd’hui ou demain soir.
— Il faudrait ensuite revenir encore une fois ici, fit remarquer Malmstrom. Au fond, rien ne nous empêche de faire ce que nous avions projeté et d’aller jusqu’au réservoir après.
— D’autant qu’il n’y aura personne là-bas, dit à son tour Colby. Il va falloir prendre beaucoup de bois cette fois-ci, et on ne peut quand même pas tout emmener sans demander la permission. »
Bob admit la justesse de ce raisonnement et se déclara prêt à abandonner son idée. Rice suggéra alors :
« À mon avis, voilà ce que nous devrions faire : il nous faudra sans aucun doute un certain temps pour découvrir les morceaux de bois nécessaires. Mieux vaudrait donc que deux d’entre nous suivent les conseils de Bob et aillent mettre de côté tout ce qui pourra servir pendant que les autres ramèneront le bateau à la crique. Il n’est pas besoin d’être très nombreux pour le pousser jusque-là. On pourrait alors, demain par exemple après la classe, aller demander tout ce qui aura été mis de côté puis se mettre au travail sans perdre de temps.