— D’accord, si vous croyez que l’on peut avoir tout d’un seul coup, dit Hay. Souvent, il vaut mieux demander les choses les unes après les autres.
— Rien ne nous empêche de faire plusieurs tas et de demander à plusieurs personnes l’autorisation de les prendre. Maintenant il s’agit de savoir qui va pousser le bateau et qui va aller jusqu’au nouveau réservoir. »
Finalement, il fut décidé que Bob et Norman se rendraient au chantier pour faire un premier choix pendant que les autres s’occuperaient de pousser le bateau jusqu’à la crique. La simple idée de partir ne paraissait guère leur sourire, pourtant ils se décidèrent à remettre à l’eau ce qui restait de leur bateau et le poussèrent jusqu’au moment où il flotta. Puis les deux émissaires dépêchés en avant-garde regagnèrent le rivage pendant que s’élevait la voix de Rice entonnant le chant des bateliers de la Volga.
« Je vais d’abord passer chez moi prendre mon vélo, déclara Norman en sortant de l’eau. Ce sera moins fatigant et nous irons plus vite.
— Tiens, c’est une bonne idée. Ce sera un peu plus long que de couper directement à travers bois, mais on rattrapera le temps perdu en allant là-bas à vélo. Je t’attendrai au coin de l’allée.
— D’accord. Si tu arrives avant moi. Comme il faut passer la colline tu auras peut-être moins à marcher, mais je crains que la jungle ne soit plus épaisse de ton côté. Je vais remonter un peu le long de la plage pour être juste en direction de chez moi avant de prendre les raccourcis.
— À tout à l’heure. »
Norman s’engagea dans la direction que venaient d’emprunter les autres avec le bateau. Il les dépassa de loin et bifurqua vers l’intérieur pendant que Bob commençait à s’élever sur la colline au milieu de l’épaisse végétation qu’il avait déjà montrée au Chasseur. Bob connaissait l’île comme sa poche, mais personne ne pouvait affirmer que la jungle lui était familière. La plupart des espèces végétales qui poussaient dans cette région se développaient avec une rapidité extraordinaire et si un sentier n’était pas fréquemment emprunté, la nature reprenait très vite possession de son domaine. Les grands arbres auraient fait d’excellents points de repère si l’on avait pu se diriger à vue sur eux, mais l’épaisseur de la plupart des buissons empêchait de voir loin devant soi. Le seul élément sûr était la pente du sol, car en la suivant on était toujours certain d’aboutir au sommet de la colline et, dans l’autre sens, de parvenir en un point quelconque du bord de mer. Sachant à peu près où il se trouvait par rapport à la maison de ses parents, Bob était sûr d’atteindre très rapidement la route à peu de distance de chez lui, et même, en marchant un peu vers la droite, il devait tomber sur le sentier qu’il avait pris quelques jours plus tôt et qui conduisait directement chez lui. Sans la moindre hésitation, Bob se lança dans les buissons. Parvenu sur le sommet, il s’arrêta pour reprendre sa respiration. Le versant de la colline qui s’offrait à lui et au bas duquel devait se trouver la maison, semblait être une muraille de buissons. Bob hésita un instant et regarda de chaque côté pour voir si par hasard une amorce de sentier n’était pas visible. Le Chasseur se rendit compte de la situation et se prépara à y faire face. Pour la première fois depuis le départ, le jeune garçon se mit à quatre pattes pour se frayer un chemin sous les branches. La marche était un peu plus aisée au ras du sol, car la plupart des arbustes avaient tendance à s’élever le plus possible pour triompher les uns des autres. Néanmoins la voie n’était guère facile et les égratignures apparaissaient nombreuses sur les bras de Bob. Le Chasseur s’apprêtait à lancer une phrase désagréable sur le raccourci de Bob qui devait leur faire gagner du temps lorsque son attention fut brusquement sollicitée.
À droite, s’étendait une petite zone qui ressemblait à une plantation de bambous. Les tiges étaient nettement séparées et montaient toutes droites. Comme presque toutes les plantes qui poussaient sur l’île celles-ci possédaient des épines pointues comme des aiguilles et dures comme de l’acier, qui s’étageaient en partant du sol. L’objet qui avait attiré l’attention du Chasseur se trouvait à l’extrémité de cet endroit un peu différent des autres. Il ne pouvait voir très bien, car l’image qui s’offrait à lui n’était pas dans l’axe optique de la pupille de Bob. Cependant sa curiosité fut éveillée sur-le-champ.
« Bob ! Regardez là-bas ! »