En se rendant à l’école, Bob ne put penser à autre chose. Il était presque sûr que ses muscles froissés l’obligeraient à boiter pendant quelques jours encore. Chasseur ou pas Chasseur, il serait assurément incapable de marcher très droit devant son père qui devait se rendre également au chantier de construction. À la fin de la classe, un autre incident le retarda. Le professeur s’occupant des élèves les plus âgés lui demanda de rester quelques minutes afin de faire le point de ses connaissances par rapport à celles de ses camarades. Bob eut le temps de prévenir les autres qu’il arriverait plus tard et les vit partir d’un œil triste vers le nouveau réservoir. Puis il retourna vers la salle de classe pour subir l’assaut des questions de son professeur. L’entretien dura plus longtemps qu’il ne l’escomptait. Comme il arrive fréquemment lorsqu’un élève change d’institution, les programmes diffèrent sur certaines matières. Quand Bob fut enfin d’accord avec son professeur sur le niveau d’instruction qui lui convenait, ses camarades avaient certainement obtenu déjà tout le matériel nécessaire et retournaient à la crique.

Restait le problème de sa jambe. Il avait bien essayé tout la journée de marcher en s’efforçant de dissimuler sa claudication, mais il s’était rendu compte que sa mimique attirait encore plus l’attention. Devant l’école il réfléchit quelques minutes, puis décida d’en parler au Chasseur. La réponse de ce dernier le surprit au plus haut point.

« À votre place je suivrais les conseils de votre père, et j’irais voir le docteur Seever.

— Et que pourrais-je lui raconter ? Il n’est pas fou et ce n’est pas le genre d’homme à croire aux miracles ! Il ne se contentera certainement pas d’examiner simplement ma blessure. Il regardera la jambe entière. Comment pourrais-je lui expliquer ce qui s’est passé sans parler de vous ?

— Je pensais justement à cela. Qu’y a-t-il qui vous inquiète tant, dans l’idée de révéler ma présence au médecin ?

— Je n’ai pas envie d’être enfermé dans un asile, c’est tout. J’ai eu assez de mal moi-même à croire à votre histoire.

— Vous n’aurez sans doute jamais meilleure occasion que celle-ci de vous faire écouter. Si le docteur est aussi sincère que vous le dites, je vous aiderai à donner des preuves. Je n’ai aucune envie de raconter mon histoire à tout le monde, mais néanmoins j’estime que le docteur Seever pourrait être une excellente recrue pour mener à bien notre tâche. Il a des connaissances que ni vous ni moi ne possédons et sans doute acceptera-t-il de les mettre à notre service lorsque nous lui aurons démontré que le fugitif risque de déchaîner des désastres.

— Et si par hasard il était justement l’hôte de votre collègue ?

— De tous les gens de l’île, c’est certainement lui qui aurait le moins de chance d’être choisi. En admettant, malgré tout, que ce soit le cas, je m’en assurerais très vite. Nous pouvons toutefois prendre certaines précautions. »

Il exposa à Bob les grandes lignes de son projet. La maison du docteur n’était guère éloignée de l’école et si Bob n’avait pas eu mal à la jambe il n’aurait certainement pas pris sa bicyclette pour s’y rendre. Un autre malade se trouvait dans le cabinet du médecin et ils durent attendre un peu. Au bout de quelques minutes Bob et son invité invisible entrèrent dans la salle de consultation du docteur Seever.