— Je suis tombé, dit Bob, et je me suis collé un sacré coup à la jambe. Pendant un petit bout de temps je n’ai pas pu poser le pied par terre.
— Pauvre vieux ! Et à présent, ça va mieux ?
— Pas encore très fort. Mais j’arrive à marcher. En tout cas je pourrai faire du vélo. Viens avec moi à la maison pour prendre le mien. »
La rencontre des deux camarades s’était produite non loin de la maison des Kinnaird, car Hay n’avait pas voulu s’aventurer très loin dans la jungle, de peur de manquer son camarade. Malgré la blessure de Bob, ils arrivèrent chez lui en quelques minutes et il fut enchanté de voir qu’effectivement il pouvait aller à bicyclette en s’abstenant simplement de trop appuyer sur la pédale du pied malade.
Ils se dirigèrent alors vers le chantier de construction, échangeant des plaisanteries quant aux difficultés que devaient rencontrer leurs copains pour pousser le bateau à demi submergé à travers les brisants. Puis ils se mirent à chercher tout ce qui pourrait se révéler d’une utilité quelconque pour les réparations à effectuer. Le bois ne manquait pas et bien avant l’heure du dîner ils avaient eu le temps de constituer de petits tas soigneusement dissimulés en divers endroits éloignés pour être sûrs que personne n’y toucherait jusqu’au lendemain. D’une certaine manière ils étaient honnêtes, car ils se promettaient de demander l’autorisation par la suite.
Deux événements empêchèrent Bob de revenir sur les lieux après l’école. Le lundi matin, son père s’aperçut qu’il boitait en descendant l’escalier et lui en demanda la raison. Bob donna la même explication qu’à Hay, mais son père lui dit alors :
« Montre un peu ! »
Bob, un peu inquiet, remonta son pantalon à mi-jambe, découvrant ainsi l’endroit de sa blessure. Celle-ci avait, évidemment, assez bon aspect, car le Chasseur avait fait le nécessaire pour resserrer les tissus. Au grand soulagement de son fils, M. Kinnaird ne l’interrogea pas sur la profondeur de sa blessure et sembla admettre qu’aucun danger d’infection n’était à redouter. Pourtant le soulagement de Bob fut de courte durée, car son père s’éloigna en déclarant :
« Je suis content que ce ne soit pas plus grave, mais si tu boites encore demain tu feras bien d’aller faire un tour chez le docteur Seever. »
Le respect que le Chasseur éprouvait pour M. Kinnaird s’accroissait chaque jour devant la logique froide du père de Bob.