UN ALLIE

Pour le Chasseur qui avait eu le temps d’examiner en détail les os de l’infortuné Tip et le bout de bois pointu qui avait blessé profondément son hôte, il ne s’agissait là que d’une simple coïncidence. S’étant rendu compte que le fugitif n’était aucunement mêlé à l’une ou l’autre de ces aventures, il ne songea même pas à faire part de sa certitude à Bob. À ce moment les pensées du jeune garçon s’éloignèrent totalement de celles du Chasseur et cette divergence qui aurait pu avoir des effets funestes devait se révéler par la suite extrêmement salutaire.

Bob était allongé depuis quelque temps lorsqu’une voix s’éleva non loin de là, clamant son nom à tous les échos. Le jeune garçon voulut se mettre debout aussitôt et faillit s’évanouir tant la douleur qu’il ressentait dans la jambe était forte.

« J’avais complètement oublié Norman, déclara Bob à haute voix. Il a dû en avoir assez d’attendre et vient à ma rencontre. » Avec beaucoup plus de précautions, il s’appuya sur sa jambe blessée et ne put retenir une grimace. Tout médecin lui aurait déconseillé fortement de marcher aussi vite après son accident et le Chasseur était du même avis.

« Je ne peux pas faire autrement, affirma Bob. Si je déclare ne plus pouvoir marcher, on va me mettre au lit et je ne vous serai plus d’aucun secours. Je vais faire l’impossible pour dissimuler ma douleur et de toute façon je n’ai pas à redouter l’infection puisque vous êtes là.

— J’admets qu’aucune complication n’est à craindre, mais…

— Il n’y a pas de mais ! Si jamais quelqu’un apprenait que je me suis blessé si profondément on m’enverrait aussitôt chez le docteur, qui ne voudrait certainement pas croire qu’avec un tel trou dans la cheville, j’aie pu rentrer chez moi sans la moindre hémorragie. Vous avez trop fait pour moi à présent pour pouvoir demeurer caché plus longtemps. »

Le jeune garçon se mit à descendre la colline en boitant un peu, pendant que le Chasseur ne pouvait que déplorer cette association dans laquelle il se trouvait engagé et dont l’un des membres voulait prendre la direction des opérations sans être qualifié pour cela.

Quelques instants plus tard le Chasseur songea qu’il ne serait peut-être pas mauvais au fond que le médecin fût mis au courant de sa présence. On trouverait probablement en lui un allié précieux. Bob possédait assez de preuves à présent pour entraîner la conviction d’un être plus borné que ne l’était le docteur Seever. Le jeune garçon n’aurait aucun mal à prouver que le Chasseur était bien réel et non pas un produit de son imagination. Malheureusement le Chasseur y songea trop tard pour en faire part à Bob, car Norman apparaissait au détour du sentier.

« Où étais-tu ? lui demanda-t-il. Qu’est-ce qui t’est arrivé ? J’ai eu le temps de prendre ma bicyclette et d’aller devant chez toi pour t’attendre assez longtemps pour prendre racine. Tu t’es accroché dans les ronces ?