Bien que le Chasseur s’efforçât de maintenir la tension sanguine de Bob, celui-ci pâlissait de plus en plus et il dit d’une voix faible :
« Tant pis si je suis blessé, il faut bien que je sorte d’ici. »
Le Chasseur comprit que le jeune garçon ne pouvait pas rester plus longtemps dans cette position et estima qu’il fallait l’aider, ou du moins l’encourager.
« Bob, lui dit-il, je crains d’agir sur vos nerfs, car je ne suis pas sûr que mon action cesse rapidement et d’autre part il faut que vous conserviez le contrôle de votre jambe. Je ne puis soulever votre cheville tout seul, mais si cela fait trop mal j’essaierai d’atténuer la douleur.
— D’accord, allons-y tout de suite. » Le Chasseur envoya la plus grande partie de son corps autour du bout de bois acéré afin d’empêcher que son hôte ne perde trop de sang lorsque l’éclat quitterait la cheville de Bob. Les lèvres serrées par la douleur, le jeune garçon tira sa jambe centimètre par centimètre, faisant un nouvel effort chaque fois que le Chasseur le lui disait. Il fallut plusieurs minutes pour mener à bien l’opération, puis finalement Bob sentit sa cheville libre.
Tout en connaissant parfaitement les conditions particulières dont il bénéficiait, Bob fut un peu étonné de voir que son pantalon était à peine taché par la terre. Il s’apprêtait à le relever pour voir sa blessure, mais le Chasseur arrêta son geste :
« Attendez un peu si cela ne vous fait rien ! Pour l’instant allongez-vous et restez immobile quelques minutes. Je sais que vous n’en n’éprouvez pas le besoin, mais croyez-moi c’est indispensable. »
Bob jugea que le Chasseur savait mieux que lui ce qui se passait dans son corps et il obéit à l’invite. Normalement il aurait dû s’évanouir, car avec une telle blessure la volonté n’a pas grand effet. Grâce au Chasseur il n’éprouvait aucun malaise et attendit quelques instants allongé sur le sol.
Tout s’était passé si rapidement que Bob avait à peine eu le temps de s’en rendre compte, mais à présent il comprenait que les événements qui venaient de se produire dans la dernière demi-heure avaient suivi avec une fidélité étonnante les vagues craintes dont il s’était entretenu, en plaisantant, avec le Chasseur. Cette succession de faits s’ajoutant au dévouement de la créature invisible qui l’habitait l’impressionnèrent fortement.