C’est devant une telle mare que Bob et le Chasseur atteignirent le ruisseau. L’arbre qui en était la cause devait être là depuis de nombreuses années, car il n’avait plus de branches et ses extrémités étaient à demi enfouies dans le sol. De l’autre côté, l’eau avait creusé une étroite tranchée en s’écoulant, aggravant ainsi la situation de l’arbre qui ne reposait plus que par les deux bouts. Bob s’approcha et, sans le moindre signe avant-coureur, le sol s’effondra sous lui. Il ressentit un choc violent à la cheville. Il eut les réflexes assez rapides pour se rattraper à une branche et resta quelques instants en déséquilibre, la jambe droite enfouie jusqu’au genou.

Brusquement il ressentit une vive douleur dans le pied et aussitôt le Chasseur lui dit sur un rythme précipité :

« Attention, Bob, ne bougez pas votre jambe droite.

— Qu’est-ce que j’ai ? Cela me fait mal !

— Je comprends ! Laissez-moi faire. Vous vous êtes profondément coupé sur un bout de bois et je vous répète de ne pas bouger. Ce serait plus grave encore. »

Le Chasseur avait tout de suite vu ce qui s’était passé. Un long éclat de bois très fin enfoncé tout droit dans le sol était entré en diagonale sous la cheville de Bob et le poids du jeune garçon reposait dessus. Le bout de bois frôlait à présent l’os du cou-de-pied et avait légèrement entamé l’artère. Sans la présence du Chasseur, le jeune garçon éloigné comme il l’était de tout secours aurait très bien pu succomber à une hémorragie avant que quiconque se soit alarmé de son absence.

Le Chasseur s’était mis immédiatement à l’ouvrage et il avait fort à faire. Sans perdre une minute, il s’occupa de refermer les déchirures du système circulatoire et détruisit la multitude de micro-organismes qui venaient d’entrer dans le corps de Bob. De plus, le bois semblait fixé dans la terre et Bob se trouvait immobilisé sur place sans pouvoir retirer sa jambe. Le Chasseur envoya plusieurs tentacules en exploration afin de se rendre compte de la nature exacte du sous-sol.

Les premiers résultats ne furent guère encourageants. Les pseudopodes du Chasseur rencontrèrent d’abord de l’eau, puis la branche continuait toute droite dans le sol dur pendant plusieurs centimètres. Un peu plus bas, elle était cassée, presque à angle droit. Le Chasseur comprit aussitôt qu’il ne serait pas assez fort pour redresser le bois cassé et que Bob n’était pas en état de l’aider beaucoup.

Il tenait surtout à épargner à son hôte toute douleur physique, mais il estima préférable de mettre Bob au courant de la situation.

« C’est bien la première fois que je regrette de ne pas pouvoir vous empêcher de souffrir sans risquer d’altérer dangereusement votre système nerveux. Vous allez certainement souffrir. Je vais essayer de comprimer le plus possible vos tissus musculaires autour du bout de bois pendant que vous tirerez votre jambe. Je vous préviendrai lorsque le moment sera venu. »