— Tu reviendras encore, est-ce pas ?

— Oui, mon petit, répondit Fernand, je reviendrai certainement.

Et madame Jourdeaux vit ses yeux humides. La charmante femme, si pénétrante dans son ignorance, comprit qu’il pensait à son bébé mort, et renvoya le petit André par délicatesse. Puis elle parla de son mari, comme pour voiler sous son crêpe de veuve l’éclat de son bonheur maternel.

Guéméné sortit comme renouvelé de cette maison familière. Il lui sembla que des portes fermées devant lui s’ouvraient tout à coup, lui offrant un large espace où cheminer désormais. Le vaccin du cancer ! quel but ! Serait-ce trop de toute une vie pour y atteindre ? Et, dût-il échouer, qu’importait, s’il avait labouré pour l’autre génération le champ du travail !… Pendant le trajet du retour, son cerveau excité fit mille combinaisons. Il pensait à de nouveaux sels de quinine pour traiter et modifier ses toxines. Une envie le saisit de revoir son laboratoire. Des idées lui venaient en foule.

Il rentra : Thérèse était à la maison ; il la trouva dans la lingerie du troisième, entourant de lacets roses des piles branlantes de serviettes fraîches. Elle était pâle et défaite. Il n’y prit point garde, demanda même étourdiment :

— Tiens ! tu ne fais pas de visites aujourd’hui ?

— Non, dit-elle, je me repose.

Elle avait le ton saccadé, fiévreux. Sans réfléchir, il eut d’instinct un regard satisfait sur l’armoire énorme où s’alignaient, comme en une bibliothèque de linge, les blancs in-folio des draps, les in-octavo des taies d’oreiller, les in-dix-huit des serviettes. Cet aspect neigeux, harmonieux, bien ordonné, qui s’établissait sous les gestes de sa femme, l’emplissait d’aise ; mais, sans plus s’attarder, il passa dans son cabinet et rouvrit le tiroir où dormaient depuis deux mois ses notes de laboratoire.


Le jour suivant, à l’heure du déjeuner, il vit Thérèse en peignoir, qui revisait dans la salle à manger le livre graisseux de sa cuisinière. Alors il s’étonna, se troubla. Mais ce fut bien autre chose quand il l’entendit donner cet ordre à la femme de chambre :