Les vacances des Guéméné touchaient à leur terme : le jour suivant, ils quittaient la station pour regagner Paris. Inconsciente de ce qui se passait en elle, mais troublée, palpitante, madame Jourdeaux cherchait le docteur. Elle devinait un drame dans l’âme de Guéméné, voulait le trouver seul avant son départ, brûlait de lui offrir son amitié consolatrice.

Elle ne le vit même pas à la table d’hôte, le ménage ayant pris à la chambre son dernier repas. Et elle questionnait son fils : « Qu’avait dit monsieur Guéméné ? L’avait-il embrassé ? Pourquoi ses larmes avaient-elles coulé ? » Mais l’enfant répétait :

— Oh ! je ne sais pas… J’étais très sage ; il m’a dit de courir : j’ai couru pour lui faire plaisir… Alors il a pleuré…

Boussard et madame Lancelevée partaient pour une excursion dans la montagne quand Thérèse et son mari montèrent dans l’omnibus de la gare. Les Guéméné virent les amants disparaître et reparaître plusieurs fois, de plus en plus lointains, au caprice des lacets de la route. Ce couple d’exception, qu’une passion souveraine avait été impuissante à unir absolument, les hanta. Enfin le train partit, et ils se retrouvèrent face à face, seuls dans le compartiment.

Thérèse, harcelée de remords, souffrait humblement, en silence. Ce qu’elle avait osé dire dans une minute d’emportement lui causait aujourd’hui un regret atroce. Elle se serait avec délice jetée aux genoux de Fernand ; des mots de supplication, de contrition passionnée, les appels les plus tendres lui venaient aux lèvres, mais elle sentait trop en son mari un engourdissement, un sommeil de cet amour qu’elle avait commis le crime de maudire.

« Il me repousserait, pensa-t-elle. J’attendrai. »

Et ce fut dans cette hostilité sourde qu’ils reprirent leur amoureux logis, niché dans la verdure, à la pointe de l’île archaïque.

III

Fernand aurait voulu pardonner, il ne le put pas ; il aurait voulu oublier, il n’y parvint pas. Et Thérèse fut absoute avec des baisers si froids qu’ils la meurtrirent.

Elle gémissait devant lui, en se tordant les mains :