— Y aura-t-il des lézards ?
Guéméné se mit à rire, l’enleva, l’assit sur son genou, l’enlaçant d’un bras, le serrant âprement. La mère poursuivait sa broderie et les regardait d’un œil oblique. Ils demeuraient silencieux tous les trois, dans un bien-être paisible, confiants les uns dans les autres. Et Guéméné se complaisait à ce simulacre d’une famille auquel il se leurrait par instants.
— Votre cuisine sent bon, dit-il tout à coup d’une voix très émue. Invitez-moi donc à dîner.
Madame Jourdeaux tressaillit et se redressa :
— Vous voulez dîner ici ?
C’était la première fois qu’il en manifestait l’envie. Pour elle, qui l’avait toujours reçu si tendrement, elle ne lui avait jamais fait une offre, ne lui disant même pas — tant était sévère sa retenue délicate de femme — : « Revenez… Restez un peu plus… » Mais à cette demande, elle ne dissimula pas sa joie. Elle sonna pour qu’on mît un couvert de plus. Puis le petit André s’étant esquivé :
— Vous ne craignez pas que madame Guéméné ne vous attende longtemps, ce soir ?
— Je l’ai attendue assez souvent, moi ! fit-il avec un accent de rancune.
Puis, plus tristement encore, il ajouta :
— J’inventerai quelque chose, un dîner au restaurant entre deux visites urgentes… Mentir avec des mots, est-ce pire que de mentir avec des baisers !…