— Vous avez voulu me voir, madame ?
— J’ai eu besoin de vous voir, rectifia Thérèse avec un accent de telle loyauté, un désir si évident de sincérité, que madame Jourdeaux pressentit dès lors le ton que prendrait l’entretien.
Mais, encore une fois, elles se regardèrent avec défiance, en femmes ennemies dont la mesure et la réserve ne tiennent qu’à la courtoisie.
Leur commune élévation de cœur, sinon de cerveau, les faisait égales, dignes l’une de l’autre. Bien plus, elles se ressemblaient : de même stature, de même taille, avec des robes que la mode de la saison faisait identiques.
Thérèse enfin parla :
— On a dû vous dire, madame, que j’étais une femme orgueilleuse et fière, une femme froide, égoïste et dure. Puisque je vous estime assez pour être venue vous trouver aujourd’hui, je veux que vous m’estimiez aussi, que vous me connaissiez et me jugiez. Je ne suis pas une femme orgueilleuse, mais une femme qui souffre. Je vous sais bonne ; et je suis venue vous demander votre aide dans un grand malheur qui me frappe.
— Si je puis vous être utile en quoi que ce soit, madame, mon aide vous est acquise.
Thérèse, après une pause, reprit avec effort :
— J’ai, madame, une mère excellente à qui je ne dirais pas ce que je vais vous avouer. Je ne l’ai dit à personne, et c’est pour la première fois que ces mots, qui me coûtent beaucoup, vont sortir de mes lèvres. Je veux que vous sachiez cela, tout d’abord, pour comprendre quelle marque de confiance absolue je vous donne là. Je vous demande la vôtre en échange.
Madame Jourdeaux perdait son assurance agressive. Elle croyait sentir encore à son cou les bras de celui qui était le mari de cette femme, elle croyait entendre ses phrases passionnées, elle se rappelait ses baisers, son étreinte : elle devenait livide. Elle dit :