Elles se regardèrent. Des larmes jaillirent de leurs yeux.
Thérèse ajouta :
— Je ne suis plus médecin. J’ai voulu donner à celui qui me délaissait cette preuve suprême d’amour de lui sacrifier la moitié de ma vie. Mais si petite est maintenant la place que je tiens dans ses pensées qu’à peine a-t-il pris garde à mon acte. Ainsi le déchirement que j’ai subi, et que vous ne pouvez comprendre, madame, — car il m’a semblé commencer de mourir en cessant d’être ce que je fus jusqu’ici, — ce déchirement est devenu inutile : je n’ai pas reconquis ce cœur qui appartient désormais à une autre. Pourtant le bonheur n’est pas seulement pour moi au foyer, il y attend aussi ce compagnon inconstant qui vivra misérable tant qu’il errera loin de la paix, de l’ordre, de la famille. Si celle qui croit l’aimer l’aimait véritablement, elle souhaiterait qu’il revînt là.
— Madame, reprit la douce femme en essuyant ses larmes, celle qui aime votre mari ne vous vaut pas : vous êtes la plus grande, la plus généreuse, vous êtes celle à qui fatalement il reviendra, car vous détenez les liens les plus anciens, les plus réels, la souveraineté de l’épouse. Cette femme regrettera cruellement de vous avoir mal jugée. Vous verrez, vous verrez, elle disparaîtra, elle s’effacera de la mémoire même de celui que vous aimez. Vous le posséderez de nouveau tout entier…
— Est-ce possible ? demanda Thérèse.
— Soyez-en certaine, répondit madame Jourdeaux.
Quand elles se dirent adieu, les mains longuement serrées, à la porte, la veuve demanda :
— Voulez-vous m’embrasser, madame ?
Elles s’embrassèrent comme deux sœurs qui ne se reverront jamais.