De nouveau, avec humeur, il haussa les épaules. Thérèse Herlinge, ardente néophyte de son art, dévorée d’un zèle passionné pour la science, s’indignait silencieusement.

Elle éprouvait aussi un malaise dans ce milieu étrange, entre la vulgaire Jeanne Adeline, cette doctoresse demeurée sage-femme, débitant par tranches son savoir, dans ses visites à deux francs, et ces deux hommes, médecins de pacotille, l’un faisant commerce de son titre dans la réclame, l’autre, effréné noceur, prolongeant jusqu’après quarante ans, dans les brasseries, sa vie d’étudiant, forcé par la faim à l’exercice de cette médecine qu’il détestait et niait, triste comme un prêtre qui continuerait de célébrer, ayant perdu la foi.

Ce dernier poursuivit :

— Oh ! j’ai un truc. Il faut vivre. Ce n’est pas avec leurs quarante sous de raccroc qu’ils me feraient manger. Ma foi, c’est de bonne guerre : quand on tient un client, il faut en sortir ce qu’on peut ! Alors, j’ai mes plaques.

— Vos plaques ? interrogea l’aristocratique Thérèse, avec un léger frémissement de dédain.

— Mais oui, les plaques électriques, vous savez bien : ça prend beaucoup dans Ménilmontant. Je traite à forfait. A tous ces dégénérés alcooliques, qui font, sans exception, de la cirrhose ou de la dilatation d’estomac, je dis : « Voulez-vous être guéri dans un an, ou dans six mois, même dans trois ? » Trois mois c’est dur, car c’est le traitement quotidien, à trois francs la séance, pour la pose des plaques ; mais il y en a toujours qui marchent.

Très digne, méprisant, la tête haute, Gilbertus déclara :

— Ça, mon cher, c’est dégoûtant !

Morner eut un rire amer ; une grimace nerveuse crispa sa face tiraillée de rides.

— Et tes granules ? et tes élixirs ? et la caféine que monsieur Herlinge, le père de Mademoiselle, administre à ses sujets, et toute la thérapeutique imbécile que la clientèle aveugle, malgré la faillite évidente de la médecine, s’acharne à réclamer de nous, est-ce que ce n’est pas la même fumisterie ? Alors, qu’est-ce que je fais de plus ou de moins que mes confrères ?