Deux pigeons gris, soyeux, plumeux et gras, avaient posé leur nid entre deux branches, dans l’arbre le plus voisin. La femelle couvait pour la seconde fois. Le mâle, qui chassait sur l’eau, revint au gîte, d’un vol lourd et tournant. A son approche, elle se souleva, légère, tout en plumes : il lui donna sa pâture, d’un seul jet dans le gosier ; puis, de son joli bec rose, pareil à un bijou de corail, il lui fourragea le cou, tendrement, et elle dodelinait la tête, avec une grâce exquise. Un amour ingénu était entre ces deux petites bêtes ailées, posées comme par miracle au-dessus du fleuve mouvant. Les grands peupliers d’Italie, aux feuilles tremblantes, frissonnaient. Guéméné descendit, l’air étrange.
Sur le seuil de la porte en cintre située un peu de travers dans la bâtisse du XVIIIe siècle, il hésita un instant. Puis un geste violent lui échappa :
— A quoi bon, dit-il, puisque je ne puis plus !…
Dix minutes plus tard, dans l’Hôtel-Dieu, il montait au service d’Herlinge. Au laboratoire de Thérèse, il frappa. Une infirmière passait :
— Mademoiselle Herlinge est en bas, monsieur.
— C’est bon. Voulez-vous lui dire que quelqu’un l’attend ici ?
Lorsque Thérèse ouvrit la porte, elle vit Fernand abattu, la tête entre ses mains, à sa propre place, les coudes sur sa table de travail.
— Vous voulez me parler, Guéméné ? fit-elle d’une voix très altérée.
Elle fut émue bien davantage quand il laissa voir ses traits défaits. Et, tout de suite, par loyauté, pour couper court à toute équivoque :
— Vous savez, tout ce que nous avions dit ensemble l’autre jour, je l’ai ressassé dans mon esprit… et dans mon cœur… et j’ai bien compris, définitivement, mon pauvre Guéméné, l’impossibilité de vous sacrifier mon art.