— Je ne vous demande plus rien ! prononça-t-il, brisé. Le bonheur même, je ne m’en soucie plus, pourvu que vous veniez dans ma vie… mais venez-y Thérèse !

Il tendit les bras. Une tristesse l’accablait, qui endeuillait ces fiançailles. Mademoiselle Herlinge, elle, triomphait. C’était son rêve complet se réalisant : des larmes de tendresse lui montèrent aux yeux.

Il ajouta :

— Je ne peux plus vivre sans vous avoir… au moins un peu !

Le dard du chalumeau ronflait toujours sous l’étuve où fermentaient des bouillons de culture. Sur la table, près du microscope, des fragments d’une matière blanchâtre étaient préparés, pièces anatomiques extraites d’un endocarde à la dernière autopsie. Une violente odeur d’iodoforme emplissait l’étroit laboratoire. Thérèse Herlinge tremblait et pâlissait ; l’amour passa dans ses yeux troubles ; Fernand s’avança vers elle. Ils s’étreignirent.

DEUXIÈME PARTIE

I

Noir et discret, avec un ronflement doux de machine aristocratique, l’automobile d’Artout descendait l’avenue Kléber, emportant dans cette nuit de janvier, silencieuse et bleuâtre, le maître et madame Lancelevée, qu’il reconduisait chez elle, à Passy, après une consultation.

— On ne vous a pas vue ce matin, ma chère, au mariage de la petite Herlinge…

Madame Lancelevée eut un demi-sourire. Tout, chez elle, était involontairement apprêté. Elle n’avait que trente-quatre ans, mais son peu d’abandon accusait davantage. Une longue redingote de drap retombait sur sa robe noire ; elle portait la rosette violette.