— Dina ! mon cher, surenchérit Thérèse, vous en êtes fou, cela se devine sous votre calme ; mais, si vous la connaissiez comme je la connais, vous l’aimeriez dix fois plus encore.

Pautel fit tomber son lorgnon, qu’il essuya rêveusement ; ses yeux de myope, indécis, errèrent dans le vague ; puis il demanda :

— Puis-je vous prier d’être mon intermédiaire près d’elle, madame ?

Thérèse s’empressa :

— Mais très volontiers, Pautel, très volontiers ! Je la verrai demain, après la visite : voulez-vous déjeuner chez nous pour fêter le résultat ?

— Oh ! le résultat !… dit Pautel, sans joie.

— Voyons, vieux, ne te tourmente pas, reprit Guéméné en lui frappant sur l’épaule ; si elle refusait, ce ne serait plus la bonne et sympathique fille que l’on sait… Elle, ne pas t’aimer, cette petite antilope farouche, avec ses beaux yeux quêteurs d’amour, ses yeux méfiants et tendres qui disent toute la misère de son isolement, allons donc !… N’est-ce pas, Thérèse ?

A vrai dire, sa femme et lui prenaient un peu à la légère cette histoire d’amour. Un seul amour les préoccupait, leur semblait grand, complet, éblouissant : le leur. Mais par amitié ils feignaient de s’intéresser vivement à celui du jeune homme, et Thérèse allait gentiment répondre, quand Pautel, assez embarrassé de ce qui lui restait à demander, se libéra de tout d’un seul mot, — un mot dont il ne prévoyait pas la portée sur les deux époux :

— Crois-tu qu’elle lâchera sa médecine ?

Au fond du jardin romantique, par ce crépuscule de mars, ces trois discrets personnages parlaient de l’amour à voix basse, sans que nul passant prît garde à eux. Sur les pelouses se dressaient — fragments précieux et informes — des ruines de sculptures grignotées par le temps ; le lierre en avait revêtu quelques-unes, et c’étaient alors de vivantes architectures somptueuses et délicates, des monuments géométriques de verdure à la secrète ossature de pierre. Au loin, défendant la grille close, les deux grands lions ailés, tout bronzés de mousse, veillaient.