"Ça, par exemple…" dit-elle tout haut.
Elle l'écoutait, la bouche entrouverte, en retenant son souffle. Un second coup parut plus ample encore que le premier et Léa courut, dans un geste instinctif de préservation et de pudeur, se poudrer le visage. Elle allait sonner Rose quand elle entendit la porte du perron claquer, un bruit de pas dans le vestibule et dans l'escalier, deux voix mêlées, celle de la femme de chambre et une autre voix. Elle n'eut pas le temps de prendre une résolution, la porte s'ouvrit sous une main brutale : Chéri était devant elle, en pardessus ouvert sur son smoking, le chapeau sur la tête, pâle et l'air mauvais.
Il s'adossa à la porte refermée et ne bougea pas. Il ne regardait pas particulièrement Léa mais toute la chambre, d'une manière errante et comme un homme que l'on va attaquer.
Léa, qui avait pourtant tremblé le matin pour une silhouette devinée dans le brouillard, ne ressentait pas encore d'autre trouble que le déplaisir d'une femme surprise à sa toilette. Elle croisa son peignoir, assujettit son peigne, chercha du pied une pantoufle tombée. Elle rougit, mais quand le sang quitta ses joues, elle avait déjà repris l'apparence du calme. Elle releva la tête et parut plus grande que ce jeune homme accoté, tout noir, à la porte blanche.
"En voilà une manière d'entrer, dit-elle assez haut. Tu pourrais ôter ton chapeau, et dire bonjour.
—Bonjour", dit Chéri d'une voix rogue.
Le son de la voix sembla l'étonner, il regarda plus humainement autour de lui, une sorte de sourire descendit de ses yeux à sa bouche et il répéta avec douceur :
"Bonjour…."
Il ôta son chapeau et fit deux ou trois pas.
"Je peux m'asseoir?