Elle se leva et lui apporta ses chaussures, disposa la chemise froissée, les chaussettes. Il tournait sur place et remuait gauchement les doigts comme s'il avait l'onglée, et elle dut trouver elle-même les bretelles, la cravate; mais elle évita de s'approcher de lui et ne l'aida pas. Pendant qu'il s'habillait, elle regarda fréquemment dans la cour comme si elle attendait une voiture.

Vêtu, il parut plus pâle, avec des yeux qu'élargissait un halo de fatigue.

"Tu ne te sens pas malade?" lui demanda-t-elle. Et elle ajouta timidement, les yeux bas : "Tu pourrais… te reposer…." Mais tout de suite elle se reprit et revint à lui comme s'il était dans un grand péril : "Non, non, tu seras mieux chez toi…. Rentre vite, il n'est pas midi, un bon bain chaud te remettra, et puis le grand air…. Tiens tes gants…. Ah! oui, ton chapeau par terre…. Passe ton pardessus, l'air te surprendrait. Au revoir, mon Chéri, au revoir…. C'est ça…. Tu diras à Charlotte…." Elle referma sur lui la porte et le silence mit fin à ses vaines paroles désespérées. Elle entendit que Chéri butait dans l'escalier, et elle courut à la fenêtre. Il descendait le perron et s'arrêta au milieu de la cour.

"Il remonte! il remonte!" cria-t-elle en levant les bras.

Une vieille femme haletante répéta, dans le miroir oblong, son geste, et
Léa se demanda ce qu'elle pouvait avoir de commun avec cette folle.

Chéri reprit son chemin vers la rue, ouvrit la grille et sortit. Sur le trottoir il boutonna son pardessus pour cacher son linge de la veille. Léa laissa retomber le rideau. Mais elle eut encore le temps de voir que Chéri levait la tête vers le ciel printanier et les marronniers chargés de fleurs, et qu'en marchant il gonflait d'air sa poitrine, comme un évadé.