Ernest écarta les bras :

" Voilà encore une question qui n'est pas de ma compétence! Peut-être demain, peut-être dans un mois…. J'entretiens, vous voyez. Avec madame, il faut se méfier. Vous me diriez : "la voilà qui tourne au coin de l'avenue", je n'en serais pas plus surpris. "

Chéri se retourna et regarda le coin de l'avenue.

"Monsieur Peloux ne désire rien d'autre? Monsieur passait en se promenant? C'est une belle journée….

—Non, merci, Ernest. Au revoir, Ernest.

—Toujours dévoué à monsieur Peloux."

Chéri monta jusqu'à la place Victor-Hugo, en faisant tournoyer sa canne. Il buta deux fois et faillit choir, comme les gens qui se croient âprement regardés dans le dos. Parvenu à la balustrade du métro, il s'accouda, penché sur l'ombre noire et rose du souterrain, et se sentit écrasé de fatigue. Quand il se redressa, il vit qu'on allumait le gaz de la place et que la nuit bleuissait toutes choses.

"Non, ce n'est pas possible?… Je suis malade!"

Il avait touché le fond d'une sombre rêverie et se ranimait péniblement.
Les mots nécessaires lui vinrent enfin.

"Allons, allons, bon Dieu…. Fils Peloux, vous déraillez, mon bon ami?
Vous ne vous doutez pas qu'il est l'heure de rentrer?"