—L'eau de mon café bout, je l'entends. Je vais la verser.
—Bon. Mais reviens après!
Elle disparut dans un bruit de taffetas usé et de pantoufles sans talons. Seul, Chéri reposa sa nuque contre le coussin de moquette à dessins tunisiens. Une robe japonaise neuve et éclatante, brodée de glycines roses sur un fond couleur d'améthyste remplaçait son veston et son gilet. Une cigarette fumée trop longtemps lui séchait la lèvre et ses cheveux en éventail, touchant ses sourcils, couvraient à demi son front.
Aucune ambiguïté, ne lui venait du vêtement féminin ni des fleurs brodées, mais une souveraineté ignominieuse donnait à tous ses traits leur juste valeur. Il semblait brûler de nuire et de détruire, et la photographie lancée par sa main avait volé comme une lame. Des os délicats et durs remuaient dans ses joues selon la contraction rythmée des mâchoires. La lumière blanche et noire de ses yeux jouait dans l'ombre comme la crête du flot qui appelle et retient, la nuit, le rayon de la lune...
Mais quand il fut seul il appuya lourdement sa tête au coussin et il ferma les yeux.
—Seigneur! s'exclama la Copine en rentrant, tu ne seras pas plus beau quand tu seras mort! J'ai du café frais. En veux-tu? Il a un arôme qui vous transporte aux îles bienheureuses...
—Oui. Deux morceaux.
Il lui parlait bref, et elle obéissait avec une douceur qui cachait peut-être un profond plaisir d'esclave.
—Tu n'as guère mangé, à dîner?
—J'ai assez mangé.