—C'est fini, ces mondanités?

Elle ne se fit pas tancer deux fois, et il n'eût jamais besoin de lui demander le secret. Un jour, elle fut sur le chemin d'une vérité banale et proposa à Chéri la compagnie d'une ou deux amies du bon temps, par exemple Léa... Il ne sourcilla point:

—Personne. Ou bien je me cherche une autre crèmerie.

Une quinzaine passa, funèbre et réglée comme une vie religieuse, et qui ne pesa à l'un ni l'autre des deux reclus. Pendant le jour, la Copine allait à ses frivolités de vieille femme, pokers et whiskys, tripots clandestins, parlottes empoisonnées, déjeuners provinciaux dans l'étouffante obscurité d'un cabaret limousin ou normand... Chéri arrivait avec la première ombre du soir, parfois trempé de pluie. Elle reconnaissait le claquement de la portière du taxi, et ne demandait plus: «Mais pourquoi n'as-tu jamais ton auto?»

Il partait après minuit, généralement avant le jour. Pendant les longues stations sur le divan algérien, la Copine le vit quelquefois trébucher dans le sommeil, y rester pris comme au piège, le cou tordu sur l'épaule, immobile pour peu d'instants. Elle ne dormait qu'après son départ, ayant oublié le besoin du repos. Un petit matin qu'il reprenait, posément, pièce à pièce, le contenu de ses poches—la clef et sa chaîne, le porte-billets, le petit revolver plat, le mouchoir, l'étui à cigarettes en or vert—elle osa questionner:

—Ta femme ne te cherche pas de raisons, quand tu rentres aussi tard?

Chéri haussa ses longs sourcils au-dessus de ses yeux agrandis d'insomnie.

—Non. Pourquoi? Elle sait bien que je ne fais rien de mal.

—C'est vrai qu'un enfant n'est pas plus raisonnable que tu l'es... Tu viens ce soir?

—Je ne sais pas. Je verrai. Fais comme si je venais sûrement.