— Nous partons. Descends, Pati-Pati.

Adroite et véhémente, elle saute sur le tapis. Debout, elle est pareille — large du rein, bien pourvue en fesse, le poitrail en portique — à un minuscule cob bai. Le masque noir rit, le tronçon de queue propage jusqu'à la nuque son frétillement, et les oreilles conjurent, tendues en cornes vers le ciel, une éventuelle jettatura. Telle s'offre, à l'enthousiasme populaire, ma brabançonne à poil ras, que les éleveurs estiment «un sujet bien typé», les dames sensibles «merveille», qui s'appelle officiellement Pati-Pati, plus connue dans mon entourage sous le nom de «démon familier».

Elle a deux ans, la gaieté d'un négrillon, l'endurance d'un champion pédestre. Au bois, Pati-Pati devance la bicyclette; elle se range, à la campagne, dans l'ombre de la charrette, tout le long d'un bon nombre de kilomètres.

Au retour, elle traque encore le lézard sur la dalle chaude…

— Mais tu n'es donc jamais fatiguée, Pati-Pati?

Elle rit comme une tabatière:

— Jamais! Mais quand je dors, c'est pour une nuit entière, couchée sur le même flanc. Je n'ai jamais été malade, je n'ai jamais sali un tapis, je n'ai jamais vomi, je suis légère, libre de tout péché, nette comme un lys…

C'est vrai. Elle meurt de faim ponctuellement à l'heure des repas. Elle délire d'enthousiasme à l'heure de la promenade. Elle ne se trompe pas de chaise à table, chérit le poisson, prise la viande, se contente d'une croûte de pain, gobe en connaisseuse la fraise et la mandarine. Si je la laisse à la maison, le mot «non» lui suffit; elle s'assoit sur le palier d'un air sage et cache un pleur. En métro, elle fond sous ma cape, en chemin de fer elle fait son lit elle-même, brassant une couverture et la moulant en gros plis. Dès la tombée du jour, elle surveille la grille du jardin et aboie contre tout suspect.

— Tais-toi, Pati-Pati.

— Je me tais, répond diligemment Pati-Pati. Mais je fais le fauve, à la lisière des six mètres de jardin. Je passe ma tête entre les barreaux, je terrorise le mauvais passant, et le chat qui attend la nuit pour herser les bégonias, le chien qui lève la patte contre le géranium-lierre…