La mère de Vinca, le père de Vinca, la tante de Vinca, Phil et ses parents, le Parisien de passage cernaient la table de chandails verts, de blazers rayés, de vestons en tussor. La villa, louée tous les ans par les deux familles amies, sentait ce matin la brioche chaude et l'encaustique. L'homme grisonnant, venu de Paris, représentait, parmi ces baigneurs bariolés et ces enfants noircis, l'étranger délicat, pâle et bien vêtu.
—Comme tu changes, petite Vinca! dit-il à la jeune fille.
—Parlons-en, marmotta Phil hargneux.
L'étranger se pencha vers la mère de Vinca pour lui avouer à mi-voix:
—Elle devient ravissante! Ravissante! Dans deux ans... vous la verrez!
Vinca entendit, jeta un vif regard féminin sur l'étranger, et sourit. La bouche pourpre se fendit sur une lame de dents blanches, les prunelles, bleues comme la fleur dont elle portait le nom, se voilèrent de cils blonds, et Phil lui-même fut ébloui. «Eh!... qu'est-ce qu'elle a?»
Dans le hall tendu de toile, Vinca servit le café. Elle évoluait roidement et sans heurt, avec une sorte de charme acrobatique. Un coup de vent ayant bousculé la table fragile, Vinca retint du pied une chaise renversée, du menton un napperon de dentelle qui s'envolait, et ne cessa point de verser, en même temps, un jet impeccable de café dans une tasse.
—Voyez la! s'extasia l'étranger.
Il la traita de «tanagra», l'obligea à goûter de la chartreuse, lui demanda les noms des amoureux qu'elle désolait au casino de Cancale...
—Ah! ah! le casino de Cancale! Mais il n'y a pas de casino à Cancale!