Elle riait, montrant le demi-cercle solide de toutes ses dents, virait comme une ballerine sur la pointe de ses souliers blancs. La ruse lui venait, avec la coquetterie; elle ne tournait pas son regard vers Philippe, qui, sombre derrière le piano et le grand bouquet de chardons planté dans un seau de cuivre, la contemplait.

«Je m'étais trompé, s'avoua-t-il. Elle est très jolie. Voilà du nouveau!»

Comme l'étranger, au son du phonographe, proposait à Vinca de lui apprendre le balancello, Philippe se glissa dehors, courut vers la plage et tomba en boule dans un creux de dune, où il mit sa tête sur ses bras et ses bras sur ses genoux. Une Vinca nouvelle, pleine d'insolence voluptueuse, persistait sous ses paupières fermées, Vinca coquette, bien armée, accrue tout à coup d'une chair ronde, Vinca méchante et rebelle à souhait...

—Phil! mon Phil! Je te cherchais... Qu'est-ce que tu as?

La séductrice, haletante, était auprès de lui, et lui tirait ingénument les cheveux à poignée pour l'obliger à relever le front.

—Je n'ai rien, dit-il d'une voix enrouée.

Il ouvrit les yeux avec crainte. Agenouillée dans le sable, elle froissait ses dix volants d'organdi et se traînait comme une squaw.

—Phil! je t'en prie, ne sois pas fâché... Tu as quelque chose contre moi... Phil, tu sais bien que je t'aime mieux que tout le monde. Parle-moi, Phil!

Il cherchait sur elle la splendeur éphémère qui l'avait irrité. Mais ce n'était plus qu'une Vinca consternée, une adolescente chargée, trop tôt, de l'humilité, des maladresses, de la morne obstination du véritable amour... Il lui arracha sa main qu'elle baisait:

—Laisse-moi! Tu ne comprends pas, tu ne comprends jamais rien!... Lève-toi, voyons!