Elle vint, et ils choisirent gravement, en guise de chambre secrète, un entablement de roc, parfois mouillé par les grandes marées, fourni par elles d'un sable à gros grains, vite séché. Aucun d'eux n'avait jamais songé qu'un secret pût être confié à des tentures de cretonne claire, à des parois de pitchpin d'une résonance musicale qui portaient d'une chambre à l'autre, la nuit, la nouvelle qu'un des habitants de la villa tournait le bouton d'un commutateur, toussait ou laissait choir une clef. Sauvages à leur manière, ces deux enfants parisiens savaient fuir l'indiscret abri humain, et cherchaient la sécurité de leur idylle et de leurs drames au milieu d'un pré découvert, sur le bord d'une aire rocheuse ou contre le flanc creux de la vague.
—Il est quatre heures, dit Philippe en consultant le soleil. Tu ne veux pas que j'aille te chercher ton goûter, avant qu'on s'installe?
—Je n'ai pas faim, répondit Vinca. Toi, tu veux goûter?
—Non, merci. Mon petit étourdissement m'a retiré l'appétit. Assieds-toi dans le fond, moi je suis mieux près du bord.
Ils parlaient simplement, se sachant prêts à des paroles graves, ou à un silence presque aussi révélateur.
Le soleil de septembre miroitait sur les jambes polies et brunes de Vinca, ployées au bord de sa robe blanche. Au-dessous d'eux, une houle inoffensive, que la brume en passant avait léchée et adoucie, dansait mollement, prenait par degrés sa couleur de beau temps. Les mouettes crièrent, et un chapelet de barques s'égrena, une voile après l'autre sortant de l'ombre du Meinga et gagnant la haute mer. Un chant enfantin, aigu, chevrotant, passa dans la brise; Philippe se retourna, tressaillit et exhala une sorte de plainte irritée: tout en haut de la plus haute falaise, en cotte bleuâtre et coiffé de cheveux roux, un petit garçon...
Vinca suivit le regard de Philippe.
—Oui, dit-elle, c'est le petit garçon.
Phil reprenait son sang-froid.
—Tu parles du petit garçon, je crois, de la marchande de poisson?