—Ce sont eux, dit-elle. Les 75 tirent dessus.... Tenez, voilà l'aviatik!
Tandis que je n'entendais encore que le ronronnement du moteur, les yeux perçants de mon hôtesse ont déjà trouvé, sur le bleu net du ciel, le pigeon minuscule, qui grandit et quitte l'horizon; le voici, porté par deux ailes cambrées, neuf, vernissé; il tourne autour de la ville, s'élève, semble méditer, hésiter.... Cinq bouquets blancs viennent d'éclore en couronne autour de lui, cinq pompons de fumée immaculée qui marquent, suspendus dans le ciel sans brise, le point où éclatent nos projectiles;—cinq, puis sept, et leur septuple pétarade nous parvient plus tard....
—Ah! voici les nôtres! s'écrie ma compagne.
D'un poste voisin, s'élèvent, avec un bourdonnement de frelon furibond, deux biplans; deux autres accourent par-dessus la ville. Ils gravissent le ciel en spirales, montrent au soleil leurs ventres clairs, les trois couleurs de leur queue, leurs plans aux lignes droites.... Ils sont vautours, tiercelets, hirondelles déliées, enfin mouches....
—Un allemand encore!
—Oui! et un autre! et un autre encore!
Il n'a fallu que quelques secondes pour emplir ce ciel, vaste et vide tout à l'heure, d'un vol d'ailes ennemies. Combien l'est, noir de sapins et de collines ondulées, va-t-il en darder vers nous? On dirait que l'espace vertigineux et bleu leur suffit à peine; ils tournent, semblent fuir, reviennent soudain comme l'oiseau heurtant la vitre, et nos canons fleurissent l'azur de roses blanches....
—Ceux-ci sont les nôtres! Ils les rejoignent!
—Ce sont des ennemis.... Non.... De si loin, je ne distingue pas....
Nous crions, car le tumulte a grandi, nécessaire à la beauté de la chasse aérienne. Les canons de la ville et des forts donnent de la voix comme une meute, les uns en basse profonde, les autres en aboiements brefs, rageurs. La poursuite magnifique est au-dessus de nous....