Elle joue à la madame, croise ses mains, et professe sur les denrées d’hiver. Antoine l’admire et jubile, à demi caché derrière son Figaro... Minne perçoit le tremblement insolite du journal et proteste:

—C’est trop fort! pourquoi ris-tu?

—Pour rien, ma poupée. Je t’aime trop.

Il se lève et vient baiser tendrement les beaux cheveux brillants, où serpente et se perd un étroit velours noir... Minne appuie un instant sa tête au flanc de son mari, d’un air las:

—Tu sens le piano, Antoine.

—Je le sais bien. C’est très sain, tu sais. Ça chasse les mites, cette odeur de vernis et de bois neuf. Si nous enfermions un piano à queue dans chacune de tes armoires robes?

Minne daigne rire, ce qui le remplit d’allégresse.

—Hop! viens me verser mon café, chérie! il faut que je file de bonne heure!

Il l’enlève dans ses bras et la porte dans le salon blanc à bouquets, qui conserve une odeur banale de tentures neuves, car Minne n’y reçoit guère et habite plus volontiers sa chambre à coucher, et surtout son cabinet de toilette.

—Qu’est-ce que tu fais, mignonne, cet après-midi?