Endormie? pourquoi endormie? Elle a posé son chapeau sur la table, jeté ses gants dans une jardinière, et son manchon, roulé à ses pieds, semble un chat accroupi dans l’ombre...
Endormie... cela ressemble si peu à Minne ce désordre insolite, ce sommeil de vaincue!... Il s’approche davantage: elle dort, la tête appuyée au dossier sec, et le pur métal de ses cheveux a coulé un peu sur son épaule... il se penche, le cœur battant, ému d’être là, vaguement pénétré de crainte et de honte, comme s’il ouvrait une lettre volée... Cette enfant qu’il adore, comme elle sommeille tristement! Les sourcils se plissent, la bouche détendue s’abaisse aux coins, et les narines délicates, dilatées, respirent tout à coup plus fort... Ce navré visage aveugle va-t-il fondre en larmes?
«Qu’a-t-elle de changé? songe Antoine avec angoisse! ce n’est plus la même Minne... D’où vient-elle, si fatiguée et si triste? Son sommeil est désolé, et je ne l’ai jamais sentie si loin de moi. Est-ce qu’elle va recommencer à mentir?...»
C’est un mensonge déjà, que cet assoupissement harassé, cet autre visage qu’elle ne lui montre jamais... Il recule d’un pas. Minne a remué. Ses mains tressaillent faiblement, comme les pattes des chiens qui courent en rêve, et elle s’assied en sursaut, effarée:
—C’est vous? quoi donc? c’est vous?
Antoine la regarde profondément:
—C’est moi, Minne. Je rentre à l’instant. Tu dormais... Pourquoi me dis-tu vous?
Minne, si pâle, s’empourpre jusqu’aux cheveux et aspire l’air, un grand coup:
—Ah! c’est toi! quel mauvais rêve!...
Antoine s’assied près d’elle encore étreint de doute et de malaise: