—Non, je n’ai rien... Je m’en vais. Je n’ai plus envie de rester, voilà tout. J’en ai assez.
—Assez de quoi? De moi?
—Si vous voulez. Je ne vous aime pas suffisamment...
Elle lui assène ça comme un madrigal, en enfilant ses deux bagues. Pour lui, tout cela est un cauchemar, ou une mystification, qui sait?
—Minne chérie, vous en avez de bonnes! On ne s’ennuie pas une minute avec vous!
Il rit, toujours tout nu... Minne, les mains dans son manchon, le dévisage. Elle le hait. Elle en est certaine, à présent. Elle scrute cruellement, sans honte, les détails de cette figure d’enfant vanné, le dessous des yeux mauves, la bouche molle et rougie, la poitrine où mousse une toison blonde, les cuisses maigres et musclées... Elle le hait. Elle se penche davantage et lui dit doucement:
—Je ne vous aime pas assez pour revenir. Hier, je n’en étais pas sûre. Avant-hier, je n’en savais rien. Vous ne saviez pas, hier, que vous m’aimiez. Nous avons fait, tous deux, des découvertes.
Puis, elle glisse vivement vers la porte, pour qu’il n’ait pas le temps de lui faire du mal.
Antoine, qui revient à pied du quartier Rochechouart, se sent morne pour deux raisons: d’abord parce qu’il dégèle et que, du pavé gras, fume une vapeur à goût de torchon mouillé; ensuite, parce que son chef agacé, l’a traité de «luthier pour momies...».
En proie à des pensers navrants, Antoine est rentré sans tumulte, n’a pas chanté dans l’antichambre, n’a pas fait choir les parapluies suspendus aux patères de l’entrée... Il pousse la porte du salon avant que rien l’y ait annoncé et s’arrête, surpris: Minne est là, endormie sur le canapé blanc à bouquets...